Plusieurs choses :
il est libre d'aller et venir où bon lui semble, il n'a de comptes a rendre à personne à moins de se lier justement à une maisonnée (en devenant le serviteur d'un samurai)
ça ne concerne pas vraiment les eta, ça, plutôt les ronin et Voie du Loup montre plusieurs exemples de ce qui se passe quand on se promène armé et sans papiers, même quand on est samurai.
les eta sont techniquement libres de se promener où ils veulent mais dans la pratique, ils ne vont nulle part. Ils vivent dans des ghetto ou des quartiers et se débrouillent pour obtenir de quoi subsister. Souvent, c'est une espèce de troc informel avec les heimin : tu débarrasses mes ordures, je t'en laisse la jouissance, voire je pose quelques navets dans un coin pour que tu les prennes sans qu'il me soit nécessaire de te parler.
On peut supposer que dans les grandes villes, les responsables eta de leur communauté organisent la distribution de denrées de bases livrées en gros par les autorités dans leur démarche "débrouillez vous avec ça et qu'on ne vous voie pas". Oui, ça veut dire qu'il peut facilement y avoir des dérives pas très jolies dans la communauté. Le favoritisme par exemple... et d'autant plus qu'à l'extérieur, on ne veut surtout pas savoir ce qui se passe tant qu'il n'y a pas de vagues.
comme ils sont rétribués par le troc et qu'ils sont des intouchables, quand bien même ils souhaiteraient voyager, il leur serait difficile de trouver de quoi se nourrir à moins de le voler. Tout le monde n'accueillera pas forcément poliment un gars qui demande un bol de soupe en échange de travaux insalubres, surtout si on a déjà des gens comme ça sur place. Eux-mêmes risquent de pas très bien accueillir l'étranger d'ailleurs. Déjà pas évident d'être un eta alors si en plus un vagabond te vole ton travail...
ce sont des considérations d'ordre général, pas des absolus, hein. En plus, les eta n'ont pas des uniformes. La plupart sont reconnaissables à leur odeur et à leur allure générale mais un bon bain et quelques vètements volés peuvent changer bien des choses. N'oublions pas à l'inverse que certains eta sont probablement bien plus maniaques que les heimin question hygiène. Quand on est eta sur le Mur et qu'on risque la Souillure à débarrasser les corps des monstres, on est certainement bien plus prudent que la moyenne. Même si on est ignare au sens éducatif du terme, on se transmet des savoirs et des savoirs-faire empyriques de génération en génération.
Par ailleurs, les eta sont là pour remplir une fonction à un endroit donné. Que cet endroit soit un domaine ou une ville ou un chateau, le fait est qu'il n'y a aucune raison qu'ils le quittent. Ils n'appartiennent pas à la terre mais à leur tàche et à l'endroit ou on attend d'eux qu'ils l'accomplissent.
la libre circulation est une notion des plus ténues parce que justement, peu de gens ont vraiment besoin de circuler en dehors d'un périmètre restreint (une vallée, une province, deux domaines voisins...). En dehors de la caste samurai (qui inclut les ronin), qui circule en fait ?
- les marchands : la plupart ont des itinéraires bien établis. Ils ne traversent pas l'empire d'un bout à l'autre mais d'une ville à une autre dans le meilleur des cas. Voire à la limite ils traversent une frontière de clan.
- les artisans : certaines professions sont plus susceptibles de voyager. Un brasseur de saké sera plus sédentaire qu'un charpentier par exemple. Mais la plupart de ces gens restent dans une zone réduite, à moins que le seigneur local ne les "prète" à un voisin, par le jeu de l'entraide et des faveurs rokugani.
- les bateleurs, donc les hinin qui vont de village en ville pour montrer leurs numéros. Catégorie à la fois étroitement surveillée et laissée paradoxalement libre de ses mouvements. On peut y associer tout ce que l'imaginaire recèle sur ces gens : riches en histoire d'endroits lointains, hableurs, probablement pas très honnètes, etc... mais là encore, la majorité d'entres eux préférera évoluer dans un périmètre restreint dés que leur troupe aura l'assurance d'un public régulier. On est loin de l'image du ménestrel médiéval qui parcourait l'europe. Là, on parle d'une troupe avec des besoins et des options bien plus étendus qu'un homme seul.
- les marins, mais s'ils parcourent des distances bien plus grandes, ils n'ont pas forcément plus de liberté à terre ni d'opportunités de se déplacer loin du littoral.
- les paysans : sont les moins mobiles. D'abord parce que leur travail nécessite une présence régulière. Ensuite parce qu'à part aller à la ville la plus proche se procurer des trucs qu'ils n'ont pas sur place ou vendre leur production, ils n'ont guère de raisons de voyager. Il y a toujours les festivals et fêtes populaires mais il est très peu vraisemblable qu'on quitte sa province natale ou même sa vallée pour ça. A la limite, on se rend à la ville la plus proche.
- les moines : en dehors de la minorité de moines errants, qui sont le plus souvent solitaires, la plupart des moines entrent dans la catégorie des gens qui vont du point A au point B pour affaires religieuses. Les deux points pouvant être proches ou pas, voire de simples étapes sur un long périple. On peut d'ailleurs mettre dedans les heimin assez aisés pour se permettre un pélerinage par exemple.
tout ça pour dire quoi ? que les gens développent facilement des maniérismes et des accents, des variations dialectales. La langue nationale est sujette à multiples variations d'autant plus que pour la majorité de la population elle est surtout orale et non écrite. Quand un paysan du Phénix voit passer un samurai du Scorpion, il voit passer un étranger exotique et mystérieux sur lequel il n'a que des histoires assez floues et rocambolesques.
De même, les styles vestimentaires s'accompagnent de particularités locales. Motifs floraux sur les manches, manière de tresser les sandales, largeur des obi, couleurs favorites et bien d'autres choses.
un étranger errant est assez facile à repérer. Les ronin sont libres de circuler mais on les voit arriver de loin avec leur daisho et il est aisé de les enquiquiner aux postes frontières ou à l'entrée des villes.
ne parlons pas d'un eta, sans le sou et d'allure probablement miteuse. Par le jeu du "je fais comme si je te voyais pas", il pourra certainement se déplacer un temps sans trop de difficultés mais il finira par se faire repérer et on se montrera très expéditif à son égard. Non pas tant parce qu'il enfreint la loi que parce qu'il n'est personne et se promène là ou on ne lui a pas demandé de venir.
Evidemment, tout ça c'est dans la logique d'un système hyper-strict, plus théorique que réel. Dans la pratique, il y a aussi du laxisme et une "tolérance" qui fait qu'on ne contrôle pas systématiquement tout le monde partout et tout le temps. Un samurai de la Grue se rendant sur les terres du Phénix sortira certainement ses papiers moins souvent que s'il allait sur les terres du Lion. En temps de guerre, on est plus strict que durant la paix. Un ronin connu pour escorter des gens sur la même route depuis un moment sera laissé tranquille contrairement au samurai sans maitre de passage que personne n'a jamais vu. Un paysan qui semble bien mis et honnète passera mieux qu'un ronin malpropre, patibulaire et armé...
mais la question, c'est : pourquoi un eta quitterait-il l'endroit ou il vit et travaille sans qu'on le lui demande ? pourquoi renoncer de lui-même à sa "sécurité" précaire pour risquer n'importe quoi sur les routes alors qu'il sera encore moins le bienvenu partout ailleurs qu'ici ?
A priori, à part pour fuir une population hostile, la guerre, l'épidémie ou la famine, pas trop de raisons il me semble. Donc, les faits vont dans le sens de renforcer la coutume qui est que les gens restent là ou ils vivent, c'est à dire là ou ils travaillent.
ça ne veut pas dire qu'il y a un recensement des eta mais que même si on les "ignore", c'est bien là que réside leur seule "liberté" et elle est suffisamment précaire avec leurs conditions de vie générales et leur place sociale pour qu'ils représentent un vivier assez intéressant pour les Adeptes du Sang par exemple...