(Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

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matsu aiko
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(Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 25 sept. 2014, 21:17

Hello,
Voici la suite du Pari, co-écrit avec Kyoko-chan. L'écriture est presque finie, mais je ne sais pas quand se feront les dernières modifs, ou même si elles se feront...Donc s'il y a besoin de modifier des posts je le ferai.
En attendant : Enjoy :jap:
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Re: Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 25 sept. 2014, 21:20

Prologue

Le vent soufflait sans relâche depuis trois jours. C'était un vent glacé, de ces vents qui vous pénètrent jusqu'à l'os, ne laissant que le squelette derrière. Les poneys trapus baissaient la tête, leur longue crinière emmêlée incrustée de cristaux de givre. Leurs sabots s'enfonçaient dans la neige verglacée avec des craquements à peine audibles sous les hurlements du vent. On aurait dit que toutes les âmes errantes, tous les fantômes avides, s’étaient réunis en une seule voix, une seule faim glaciale.

La progression était malaisée, tant pour les fantassins que pour la longue cohorte de cavaliers, coincés entre la paroi noire et nue de la montagne à droite, et le précipice blanc deviné à leur gauche. Au moins le blizzard s'était calmé, c'était déjà ça.

Pourtant les soldats de l'escorte ne se plaignaient pas, et échangeaient même quelques plaisanteries avec bonne humeur. Ils connaissaient le chemin, ils avaient l'habitude de conditions autrement plus difficiles, ils rentraient chez eux, c'était simplement la fin d’un séjour de détente dans les terres d’un autre clan. Parce que le reste de l'Empire n'est qu'une aimable villégiature quand on a l'habitude du Mur.

Dans la troupe emmitouflée sous les manteaux, les capes et les écharpes, une silhouette se détachait, plus haute et plus large que n'importe lequel des guerriers Hida massifs qui constituaient l'avant-garde.

Près de son seigneur Hida Yakamo, comme toujours, chevauchait Hida Kyoko, silencieuse, attentive à son comportement. Il ne parlait pas beaucoup durant la journée mais le soir... Le soir, c'était différent. Long et douloureux, comme elle l'avait prévu. Il parlait, elle écoutait, parfois elle lui posait des questions.
La plupart du temps, il mangeait avec elle, vidait plusieurs carafons de saké puis allait s'écrouler dans son futon. Alors son karo s'asseyait dans le noir, sur les tatami de sa chambre, et restait près de lui. Le lendemain, ils reprenaient la route et c'était un éternel recommencement.
Oui, son seigneur était triste et elle n'y pouvait rien changer.

La colonne poursuivait sa progression sur le tortueux chemin de montagne, le vent était un peu tombé maintenant qu’ils étaient passés sur l’autre versant, mais il commençait à neiger.
Sans le moindre avertissement, l'homme de tête tressauta, poussant un cri guttural, avant de s'écrouler au sol, la gorge éventrée, la poitrine éclaboussée d'écarlate. Simultanément, des formes longues et blanches bondirent, dans un silence surnaturel, de l'avant, d'au-dessus, sur les hommes de la colonne.
Les guerriers, disciplinés, firent face, pointant les lances vers les créatures, sortant sabres et tetsubo. Celles-ci tenaient du loup et de la hyène, avec un pelage laiteux, des yeux d’un noir uni, sans pupilles. Leur façon concertée, silencieuse, d’attaquer et de se déplacer trahissait une intelligence dérangeante.

Hida Kyoko poussa un juron assourdi et dégaina, se portant à l'avant, protégeant son seigneur. D’habitude on ne voyait pas ces meutes aussi loin du Mur.
Le sentier était trop étroit pour leur permettre de passer à plus de deux de front, trois en se serrant. L’ennemi avait bien choisi le lieu de l'embuscade.
A l'avant de la colonne, le combat faisait rage. Passée la surprise initiale, les soldats tenaient bon. Le premier baignait dans son sang, mais les deux suivants combattaient avec méthode, se protégeant l'un l'autre, ne laissant pas la moindre ouverture, malgré la souplesse et la rapidité des chasseurs blancs.
Kyoko se tourna, juste un instant. Son seigneur restait là, silencieux, comme si le combat, le fracas des armes, les formes blanches, le froid, la neige, n'étaient que les fragments d'un rêve. Comme si tout l'univers qui l'entourait lui était devenu complètement étranger.
Dans le bref instant où elle se tourna, elle vit passer un éclair. L'un des chasseurs blancs, dévalant silencieusement le flanc de la montagne, venait de bondir sur cette cible immobile et plus haute que les autres. Il y eut un éclat vert vif.
Chikara était sorti de son fourreau et dans un élégant arc-de-cercle, avait coupé l'ennemi en deux à hauteur de la taille.
Le jeune homme sauta à bas de son cheval et poussa un rugissement de rage pure.
Puis il chargea.
Comme un taureau fou furieux.
La neige autour de lui se teinta d'écarlate dans une myriade de gouttes de sang projetées.
La redoutable machine de guerre qu'était Hida Yakamo venait de se mettre en marche et rien ne pouvait plus l'arrêter.
Dans chaque adversaire, il vit le capitaine de la Garde Tonnerre.
Dix fois, vingt fois, il abattit son katana sur la figure de ce chien.
Dix fois, vingt fois, il le tua de ses mains et répandit son sang sur la blancheur immaculée du tapis floconneux.
Les créatures survivantes s'enfuirent, disparaissant dans les versants neigeux, laissant bon nombre des leurs sur le sol. L'étroit chemin de montagne n'était plus qu'un marécage sanglant.

Yakamo resta planté là à les regarder disparaitre, sa respiration comme un soufflet de forge, toujours écumant de rage.
Kyoko vérifia que leurs assaillants avaient bien disparu, puis se tourna vers son seigneur, pensive. Oui, quelques journées de combat sur le Mur lui seraient salutaires.
Assez, elle l'espérait, pour lui éviter de ressasser cette malheureuse affaire. Elle avait prévenu la jeune personne, elle n'avait pas pensé à le prévenir, lui. La morsure du katana n'est rien comparée à la petite mort que provoque le sentiment. Il allait mettre longtemps à digérer cette rupture.
- Allez ! Occupez-vous des blessés ! On va être en retard !
Modifié en dernier par matsu aiko le 26 sept. 2014, 20:55, modifié 1 fois.

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Re: (Nouvelle) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 26 sept. 2014, 14:56

Ryoko Owari, Palais du gouverneur

- Vous m’avez fait mander, mère … ?
L’homme qui vient de rentrer dans la petite salle d’audience est jeune, plutôt grand, bien découplé, avec la démarche souple d’un guerrier. Il porte l’armure noire, les deux sabres et le casque à crête rouge de la Garde, avec une aisance nonchalante et une désinvolture qui confinent à l’arrogance. Son beau visage lisse, aux longs cils presque féminins, encadré de longs cheveux noirs coiffés en arrière, est empreint d’un demi-sourire où se lit l’ironie.
- Oui, répond sèchement son interlocutrice, penchée sur son écritoire, du haut de son estrade.
C’est une femme entre deux âges, tout de noir vêtue, au visage couvert d’une voilette. Son accoutrement et ses traits n’ont rien de remarquable. Il est pourtant impossible de se méprendre sur l’aura d’autorité qui émane d’elle, la plus haute en ces lieux.

Quelques minutes passent, sans autre bruit que le frottement du papier et le tapotement du pinceau. La femme en noir relit la lettre d’un œil critique, la plie, la scelle, et la tend au secrétaire respectueusement agenouillé sur le côté. Une petite pile de lettres déjà scellées attend un peu plus loin.
- C’est bon. Faites-la porter à Sukemara-san. N’attendez pas de réponse. S’il insiste pour en faire une, qu’il vienne au Palais et demande audience.
Le secrétaire s’incline profondément et sort à reculons, les laissant seuls.

- Ou en étais-je…Ah oui. Jocho, dans un mois, c’est la cour d’hiver. Cette année, elle se passe à Kyuden Bayushi. Cette fois, j’ai décidé que tu y représenterais notre famille. Après tout, tu vas bientôt conclure une alliance prestigieuse, il est temps, et plus que temps, que tu assumes tes responsabilités. Tu as deux semaines pour te préparer, c’est largement suffisant, Takamaru t’aidera pour l’organisation.
Par ailleurs, il y a d’importants contrats à négocier. Je t’ai listé tous les détails ici.
Elle soulève une des lettres.

- J’ai également préparé un certain nombre de courriers, à destination de diverses personnes. Tu leur remettras en main propre. Pas à leur serviteur de confiance, pas à leur épouse ni à leur concubine, en main propre.
Elle lui adresse un regard perçant, noir et dur comme de l’obsidienne.
- Bien évidemment, tu t’abstiendras de tes frasques habituelles et tu feras de ton mieux pour représenter notre famille et nos intérêts. Alors pas de beuveries, de bagarre ni de débauche. Si jamais j’ai un seul mot à ton sujet, je te fais rapatrier immédiatement. Ne me fais pas regretter de te donner ta chance de prouver tes talents diplomatiques.

Un silence. Le gouverneur regarde son fils d’un air critique.
- Eh bien ? C’est tout ce que cela t’inspire ?
L’apostrophé hausse un sourcil.
- Je suis juste un peu surpris.
Son ton est parfaitement calme. Il ne semble pas se formaliser de ses ordres, de ses commentaires acerbes, ni des menaces voilées.
- Je m’attendais à ce que cela soit vous, comme d’habitude, qui soyez présente à la cour d’hiver, ma mère.

Le gouverneur s’évente impatiemment, puis ferme son éventail dans un claquement sec, avant de se tourner vers lui, le sourcil froncé.
- Si je m’écoutais, oui, c’est ce que je ferai, cette année encore. Mais il y aura là le daimyo du clan du Lion, Toturi ne comprendrait pas que tu ne sois pas là, alors que tes noces ont été annoncées avec sa nièce. A contrario, t’y envoyer seul, c’est te positionner comme mon héritier, et le futur gouverneur de Ryoko Owari.
Si jamais tu en es capable un jour, rajoute-t-elle in petto.

- Donc je prends le risque. J’espère quand même que tes dernières mésaventures t’auront mis un peu de plomb dans la cervelle… Doji Satsume et son fils Hoturi seront là également. Alors sois extrêmement prudent, surtout ne commets pas d’impair. Il y va de la sécurité de notre famille et de celle du clan.
Hyobu a prononcé les mots magiques, famille, clan, sécurité. Même ce courant d’air de Jocho se le tiendra pour dit, elle le sait. Il se pliera à ses demandes.
De toute façon, elle n’a pas le choix. Jocho a reçu une invitation de leur daimyo, pas elle. Et le motif probable de cet « oubli » n’est pas pour lui faire plaisir.

Pourtant, elle le sent contrarié. Il hésite.
- Qu’est-ce qui te pose problème ? questionne-t-elle d’un ton tranchant.
- Nous avons des soucis avec des bandits en ce moment. Ils sont bien armés, organisés, et les patrouilles régulières n’arrivent pas à en venir à bout. J’avais prévu de m’en occuper – cela va demander pas mal de déploiement de troupes et de mise au point de manœuvres tactiques.
- Tu ne peux mettre en balance la Cour d’Hiver, où sera présent l’Empereur, et trois voleurs de poules. Tes officiers s’en chargeront.

Jocho entend bien toutes les majuscules. Non, il n’arrivera pas à la faire changer d’avis. C’est bien dommage. Il n’a pas plus envie d’aller à cette fichue cour d’hiver que de se pendre.
Plusieurs mois de bavardages oisifs, des négociations commerciales et ennuyeuses pour l’opium si rentable pour le clan, s’abstenir de tout ce qui rend la vie supportable, le jeu, l’alcool, les femmes, que du bonheur. Et en plus, il va devoir se farcir la compagnie de cette Matsu coincée aux allures de char d’assaut.
- Très bien, il en sera comme vous le souhaitez, ma mère, dit-il en réprimant un énorme soupir.

Jocho tourne les talons, et s’éloigne. Ses longues foulées souples ne font aucun bruit sur les épais tapis des couloirs du Palais.
Comment va-t-il annoncer ça à Tsukiko ?

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 27 sept. 2014, 13:30

Les répétitions en grande tenue, costume, coiffure et maquillage, sont toujours plus difficiles que les autres. D'abord parce qu'il s'agit en général des ultimes répétitions avant la générale, puis la première, et que la tension monte aussi bien chez les acteurs que le metteur en scène. Ensuite parce que selon la saison, la chaleur rend les gens à moitié fous... Enfin parce qu'après, il y a toujours une foule d'admirateurs qui fait le siège des loges et que depuis qu'elle a intégré la troupe, celle de Tsukiko est assidûment fréquentée. Ce qui, il faut bien le dire, ne l'aide pas à faire retomber la pression que la représentation a fait peser sur ses épaules.
Quelques admirateurs, c'est bien, mais quand sortir de sa loge ressemble à briser un siège, c'est trop.

Enfin, quand le calme revient après une énergique intervention de Shichisaburo, il lui est possible d'inspirer profondément. Puis d'enlever la lourde coiffe qui la couronne, les nombreux ornements, les bijoux, les accessoires. D'ôter les nombreuses couches de soie polychromes du somptueux costume, d'enfiler son yukata aux grands dragons d'or et d'argent. Et de s'asseoir, de faire face au miroir de bronze poli, de prendre un linge pour effacer l'épais maquillage qui change ses traits et dissimule son identité.
La crème dévoile la peau d'albâtre veloutée, les lèvres pulpeuses, les sourcils délicatement arqués, le nez aristocratique.
Le tissu rend à l'ovale délicat du visage et aux traits purs l'aspect qu'il a quand elle ne monte pas sur scène, quand elle n'a pas besoin de cacher son identité aux yeux de tous.
Quand l'actrice Ohan redevient Shosuro Tsukiko.

Il y a, dans ces spectateurs enthousiastes, des habitués. Ils viennent voir et revoir le spectacle, et pour les plus assidus, assister aux répétitions. Il y en a même certains qui ne manquent pas une représentation, depuis que la troupe de Shichisaburo est venue s'installer à Ryoko Owari. Parmi ces spectateurs assidus, figurent des amoureux de théâtre, des mécènes nobles, et le capitaine de la Garde.

Jocho a toujours apprécié les soirées sur l'Ile de la Larme. Il est connu pour y avoir passé bien des nuits de débauche, se livrant à tous les excès. Mais depuis quelques mois, à la grande surprise de ceux qui le connaissent, il semble avoir développé une soudaine passion pour le théâtre, au point de délaisser complètement les maisons de thé. Certains murmurent que ce changement soudain est lié à la perspective de son mariage - son honorable mère a dû insister pour qu'il surveille son comportement et mette fin à ses frasques. Ils ne se doutent pas de ce qu'il en est vraiment. Même dans cette cité où les rumeurs se multiplient plus vite que des moustiques sur un étang par temps chaud.

La main fine et pâle prend le linge mouillé d'eau parfumée d'un peu d'essence de rose, le tord délicatement pour en chasser l'excès, essuie la peau fine du visage et du cou.

Ce soir-là, il a laissé les acteurs saluer, la foule des passionnés se ruer vers les loges, et comme il le fait souvent, a échangé quelques mots avec Shichisaburo, le félicitant pour la qualité de son spectacle, qu'il continue à faire monter vers de nouveaux sommets. S'il continue ainsi, plaisante-t-il, le seul qui sera digne de le voir sera le Fils du Ciel, et ils en seront privés... Le vieil acteur proteste, et le remercie de ses compliments.
Avec un sourire complice, Jocho se glisse dans les loges. Le spectacle est fini, et il n'a pas encore été saluer les acteurs. Ni les actrices.

L'opale rouge vient glisser au creux de ses seins, la chaîne en or s'accroche autour de son cou.

Jocho se glisse dans le couloir qu'il connait si bien, un mélange familier d'anticipation et de tension courant dans ses veines. Mais ce soir un autre type de tension l’anime.
Cinq mois. La cour d’hiver dure cinq mois.

La courtisane se rapproche du miroir et examine son reflet, les yeux plissés. Elle ne se trouve pas bonne mine depuis quelques jours, il va falloir qu'elle songe à voir le médecin...
Elle opte pour un maquillage léger : un trait noir sous les yeux, un peu de rose sur les joues, de l'écarlate pour sa bouche sensuelle. Ne jamais sortir si l'on n'est pas fardé.
Elle relève ses cheveux en un chignon délicieusement ébouriffé, piqué de deux longues aiguilles blanches, puis passe son yukata brodé des grands dragons, se ceint la taille.

Il avance de sa longue foulée souple dans le couloir, saluant aimablement les acteurs de sa connaissance, vérifiant automatiquement si les autres amateurs empressés ont quitté les lieux. Tout va bien, le champ est libre. Il arrive à la cloison, et, de façon atypique, hésite. Non, pas tout de suite, pas maintenant.
Après un dernier coup d'oeil aux alentours, il fait coulisser le battant, entre dans la loge.

Tsukiko s'est rassise devant le miroir et range avec soin les pots, les onguents et les accessoires qui lui servent tous les soirs.

- Bonsoir, Tsukiko.
- Bonsoir, Jocho.
Il s'approche, passe ses bras autour d’elle, plonge son nez dans sa nuque, s’enivre de son parfum, pose sa joue contre la sienne. Lui sourit dans le miroir.
- Tu étais superbe, ce soir.

La courtisane lui rend son sourire, tourne la tête vers lui et embrasse sa tempe avec douceur.
- Merci. Ta journée s'est bien passée ?
- Je suis à court d’idées en ce qui concerne les cadeaux de fiançailles pour ma très honorable promise. Je lui ai déjà offert des ouvrages sur les grandes batailles, un tessen ouvragé signé de Hokotori…Mais oublions la famille Matsu, la journée se conclut bien, en tout cas, sourit-il, avant de l'embrasser.
- Je suis ravie de l'entendre, Jocho.
- Et toi, ta journée s'est-elle bien passée ?
- Très fructueuse. Je l'ai passée en répétitions et essayage.

Il hausse un sourcil. Fructueux, ça ? Ah les femmes...
- Hé bien oui, mon cher. Les costumes sont prêts et la pièce a finalement satisfait Shichisaburo. Ce fut très fructueux.
- Ton costume t'allait très bien, en tout cas, ajoute-t-il, galant. Même si je te préfère sans...
Joignant le geste à la parole, il entreprend de glisser ses mains dans son kimono, moule ses seins, descend vers son ventre.
- Vraiment ? Je n'aurais pas cru...

Il embrasse son cou, ses cheveux, ses tempes, le coin de sa bouche, et murmure :
- Tu ne sais pas à quel point c'est important pour moi, d'avoir une femme comme toi dans ma vie....
- Non, je ne sais pas. Mais rien ne t'empêche de m'expliquer ce que j'ai d'aussi extraordinaire pour avoir retenu l'attention d'un homme comme toi...

Il hausse un sourcil espiègle.
- C'est étrange, j'ai l'impression d'avoir déjà répondu plusieurs fois à cette question...mais je veux bien recommencer. Alors dans le désordre, j'adore l'odeur de ta peau...

Il entreprend de plonger son nez dans son cou, puis entre ses seins. Ses longs cheveux la chatouillent.
- Oh, ça ? La beauté se fane, ou lasse, Jocho. J'espère avoir quelques autres qualités que celle de bien présenter quand j'enlève mes vêtements pour toi.
- Ma foi, avec une chute de reins comme la tienne, c’est quand même un bon début, la taquine-t-il.

Puis il l'embrasse à pleine bouche, avec feu, avec force, avec fougue, avec passion. Une passion fiévreuse qui dément la légèreté de ses propos libertins.
Ses longues mains brunes courent le long de son corps, en une caresse excitante. Son désir d'elle est impatient, urgent.
Il fait glisser le yukata sur ses épaules, dénoue sa ceinture. La soie aérienne choie tout autour d'elle en un soupir ensorcelant.
Il se débarrasse de son haori, sans lâcher sa bouche. Ses mains ont faim de son corps, sa peau a soif de la sienne.

Tsukiko répond à son baiser avec une force égale à la sienne, se lève, se tourne vers lui et sans répondre, défait lentement le obi de son kimono, dénude sa peau, pose ses doigts fins sur son ventre, le caresse, l'explore. L'urgence, c'est bien. Prendre son temps, c'est mieux. Ses mains glissent sur lui, dégagent ses épaules de l'étoffe précieuse de son vêtement, viennent épouser les muscles saillants de ses bras. Puis descendent jusqu'aux cordons de son hakama, les dénouent, les tirent.
Le vêtement de soie noire épaisse choie à son tour, et il l'enjambe avec impatience. Ce soir, décidément, il semble que son amant soit pressé...
Encore plus que d'autres soirs, hélas.

Il la prend dans ses bras, l'étreignant avec force, la pressant de tout son long contre lui. Elle sent qu’il la désire furieusement.
Il la soulève sans effort, alors qu'elle noue ses jambes fines autour de sa taille. Puis la juche en partie sur sa coiffeuse, et s'enfonce en elle sans plus attendre, avec un soupir de pure volupté.
Tsukiko apprécie les sensations puissantes qui l'envahissent lentement. Ses mains le caressent, ses ongles le griffent, sa bouche explore la peau qui passe à sa portée.
Il caresse son dos, ses reins, ses jambes, ses cheveux, embrasse fougueusement son cou, ses seins, ses tempes, avec un mélange de passion et de fièvre. Comme s'il voulait toucher en même temps chaque pouce de sa peau.
Comme s’il voulait imprimer en lui la mémoire de son velouté, de ses frissons, de son odeur.
Comme s'il ne devait plus jamais la revoir.

Il est étrange ce soir... Ils se sont quittés le matin, tout allait bien. Ils se rejoignent ce soir et elle a l'impression qu'il va partir à la guerre et qu'il ne reviendra pas.
Les longs cheveux de nuit, la peau éclatante de blancheur, la bouche veloutée, un peu gonflée, les yeux clairs, légèrement voilés par le plaisir...et ce corps parfait, envoûtant, qui s'accorde si bien au sien.
Le plaisir monte, monte en lui, avec la force d'une avalanche. Il se retient, tremblant sous la tension, jusqu'à ce qu'il la sente s'ouvrir à son tour.
Elle le laisse prendre ce qu'il veut parce qu'elle aime ce qu'ils font ensemble, parce qu'elle l'aime lui.
Ses longues jambes se nouent autour de sa taille, le plaquent contre elle, l'enfoncent plus loin encore.
Ses coups de reins se font plus rapides, plus profonds, puis avec un soupir rauque il s'abime finalement en elle.

Il la tient contre lui un long moment, haletant, trempé de leur sueur commune, tandis que s'évanouissent progressivement les derniers échos de l'extase. Ses bras tremblent sous la tension.
Tsukiko passe ses bras autour de son cou, le serre contre elle pour le calmer, lui donner la chaleur qu'il réclame, la tendresse dont il semble avoir besoin.
Ses doigts l'effleurent doucement, le laissent se reprendre. Il va être moqueur après ça, il l'est toujours.

Il finit par la reposer, écarte une boucle de cheveux de son visage, avec une surprenante délicatesse. Son regard est concentré, sérieux, troublé.
- Qu'est-ce que tu as, Jocho ?
Les yeux turquoise plongent dans les siens, y cherchent ce qui peut être la cause de toute cette émotion qu'elle sent en lui.

Il la regarde sans répondre, l'embrasse avec douceur. Elle sent son besoin d'elle, sa tendresse un peu fragile.
Elle vient se glisser dans ses bras, tout contre la peau de son torse, niche son visage dans son cou. Il parlera s'il en a envie, personne ne peut obliger Shosuro Jocho à faire ce qu'il ne veut pas.

Ils restent ensemble enlacés, un long, très long moment...

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 29 sept. 2014, 08:28

Il est encore très tôt, le soleil n'est pas encore levé. Dans un demi-sommeil Tsukiko sent son amant se tourner, puis se lever avec précautions. Elle sait que même s'il passe assez souvent la nuit avec elle, il use de subterfuges périlleux, et qu'à l'aube il rejoint toujours ses troupes. Jusqu’à présent ses hommes sont loyaux, rien n’a filtré jusqu’au gouverneur.

Ce matin le temps est plutôt froid. Mais la difficulté qu'a Jocho à sortir de la tiédeur du lit n'a rien à voir avec la température.
La courtisane bouge sous la couverture et ouvre les yeux, le regarde évoluer dans la chambre, intriguée par son comportement depuis la veille. Il est étrange, comme préoccupé, voire contrarié, et il ne veut rien dire.

A regret, il enfile hakama et kimono, puis commence méthodiquement à se rééquiper avec les différentes pièces de son armure.
Cinq mois...

Elle se lève à son tour et vient l'aider à lacer les liens de soie, comme elle le fait souvent quand il reste avec elle.
- Reste au chaud, je peux me débrouiller tout seul, proteste-t-il.
- Laisse-moi faire, Jocho. Tu es très nerveux ce matin et ça va te mettre en retard.

Elle dépose un baiser sur sa joue et lui sourit, reprend son ouvrage. Lacer le plastron, puis les protections des avant-bras.
Jocho étouffe un soupir, lui sourit en retour, écarte les bras, se laisse faire. Au palais il a l'aide de son serviteur. Même s'il a suffisamment l'habitude de s’équiper pour revêtir son armure tout seul, c'est toujours moins bien ajusté qu'avec l'aide de quelqu'un d’autre.
Depuis le temps, elle commence à avoir l'habitude de l'ouvrage. Ses doigts fins courent, méthodiques et précis, dans les jointures de l'armure, ajustent les plaques.
Ainsi les épouses de samurai aident-elles traditionnellement leurs époux à revêtir leur armure. Elle teste la solidité de ses noeuds, rectifie, recentre, resserre.

Il se tourne, lui facilitant la tâche.
- Tu es très coopératif, Jocho kun. Arigato.
Il sourit faiblement, sans rien dire.
- Qu'est-ce que tu as, daarin ?

Il prend son visage entre ses mains, l'embrasse, puis la serre contre lui, avant de plaisanter :
- Si tu savais à quel point j'aurais plutôt envie de rester au chaud contre toi ce matin...
- Fais-toi porter pâle. Prétexte un rendez-vous avec des informateurs dans le quartier des Pêcheurs. Une visite au temple.
- Tentant, mais non. Cette nuit j'étais censé être en patrouille sur l'Ile de la Larme, suite à des problèmes de contrebande. Ma couverture ne tient que si je rejoins mes troupes à temps. Par contre, un petit rendez-vous avec des informateurs serait judicieux... une bande opère en ce moment dans le quartier des pêcheurs...on dit en fin d'après-midi ?
- Fin d'après-midi, alors. Même si j'aurais préféré que tu restes avec moi ce matin, Jocho kun...
- Moi aussi, souffle-t-il avec ferveur, avant de l'embrasser à nouveau.

Elle répond à son baiser avant de murmurer contre sa bouche :
- Demain matin... Arrange-toi pour rester, alors...

Même ainsi, au saut du lit, les cheveux libres, sans apprêt, elle est d'une beauté époustouflante. Son visage pur, ses yeux clairs à la troublante couleur turquoise, encore plus lumineux dans la lumière pâle du petit matin...
- Tu ne le regretteras pas.
- J'en suis sûr, sourit-il.

Sa peau de neige, l'ensorcellement de son sourire, la grâce infinie du moindre de ses gestes…
Comment peut-il abandonner tout cela ?
Il caresse sa joue, puis s'écarte et tourne les talons, lançant sans la regarder :
- A cet après-midi, alors.
- A cet après-midi.

Puis il sort, empoignant ses sabres au passage et les glissant à sa ceinture.
L'air froid le frappe au visage, et il respire profondément, prenant une inspiration qu'il n'avait pas conscience d'avoir retenue.
Cinq mois. C'est impossible. Il ne tiendra pas.
Il faut qu'il trouve une solution.
Il doit y avoir une solution.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 30 sept. 2014, 13:47

Un peu plus tard, en début d’après-midi.

- Non ! Je veux plus de sentiment ! Plus de rage ! De la passion ! Ce n'est pas compliqué ! De la passion, de la rage ! Tu veux te venger de celui qui a assassiné ton père, je veux que tu me le montres !

Shichisaburo agite son bâton de répétition sous le nez de la seconde actrice.
- Des tripes ! Recommence.
- Hai, sensei.
Cette dernière se recule, inspire, et recommence sa réplique.

Tsukiko reste en retrait, amusée. La vengeance. Le meurtre. Elle sait ce que c'est. Elle sait comment donner à ce texte la profondeur que le vieil acteur recherche, mais ce n'est pas son rôle.

Il se concentre sur la voix, y cherche ce qu'il veut entendre. Ne le trouve pas.
Soupire.
- Je vais devoir revoir la distribution ! Moi qui croyais avoir résolu tous ces soucis, je n'ai plus qu'à recommencer !

Les acteurs sur la scène ne pipent mot, les colères de Shichisaburo sont rares mais quand elles explosent, elles secouent tout le théâtre.
La seconde actrice pique du nez, à deux doigts de pleurer.

- Sensei... Voulez-vous lui laisser jusqu'à demain pour revoir son texte ? intervient Tsukiko. Il est difficile de trouver le ton juste dans ces cas-là. Cela vous évitera un surcroît de travail.
- Hum, tu as bon coeur Ohan, mais cette sotte est incapable de sentir le texte ! Tiens, montre-lui, toi ! Ce que c'est de mettre des tripes dans un texte !

La courtisane s'avance, prend le livret et parcourt les quelques lignes de la réplique. Elle connaît le texte par coeur, c'était un rôle fait pour elle, elle avait espéré que Shichisaburo le lui donne mais ce n'était pas arrivé. Mieux vaut ne pas le montrer.
Claquement des bambous.

Tsukiko inspire et sa voix s'élève dans le théâtre, vibre de colère, siffle comme un serpent la rage qui est la sienne. C'est tout son corps qui exprime le désir de vengeance, dans la main qui se crispe sur l'éventail, le buste qui se penche vers l'avant, le murmure qui gronde.
La colère, l'impuissance, le chagrin, le désespoir.
Tout ça, elle connaît, elle a éprouvé, elle éprouve encore parfois quand les cauchemars la visitent et lui font revivre les douleurs du passé. Oui, elle connaît...
C'est ce qui l'a tenue debout pendant toutes ces années. Avant. Avant Yakamo.
La réplique prend vie et tonne dans la salle, claque comme un coup de fouet, menaçante, pleine de promesses d'infinies tortures.

Il lui faut quelques instants pour se sortir du rôle, pour reprendre le contrôle de ses sentiments.
- Comme ça, sensei ?

L'expression d'irritation et de colère du vieil acteur a disparu. A sa place ont défilé l'étonnement, la surprise et l'intérêt. Il apprécie le talent de Tsukiko, mais pour le moment, il lui a plutôt confié des rôles d'ingénue. Il était loin de se douter qu'elle avait cela en elle.
Il lui avait fait cette suggestion presque en boutade, pour que la seconde actrice se rende compte de son niveau de nullité. Mais cette interprétation spectaculaire change tout...

Et son ton est complètement différent quand il annonce :
- Oui, c'est exactement comme ça.
Et quand il le dit, il se rend compte que sa décision est déjà prise. Il n'y a aucune hésitation possible. Surtout avec ce qu’il vient d’apprendre.

Sa voix sonore se fait plus grave alors qu'il annonce :
- Approchez, les enfants. J'ai une nouvelle à vous annoncer.
Obéissants, et un peu intrigués, les acteurs de la troupe se rapprochent de lui. Souvent Shichisaburo les réunit ainsi à la fin d'une répétition, pour commenter leur performance, et les aider à l'améliorer. Mais là, il a parlé d'une nouvelle.

Les acteurs se mettent en cercle autour de lui.
- Les enfants, nous avons l'immense honneur de présenter notre répertoire, et la nouvelle pièce, à l'auditoire le plus élevé qui soit.

Une pause. En acteur consommé, Shichisaburo ménage ses effets. Même si des tremblements nerveux le font frémir intérieurement, il faut qu'il masque ses angoisses, qu'il déclenche en eux l'enthousiasme, pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. C'est la seule façon de parvenir à réussir ce challenge impossible.
- Nous jouons dans un mois à Kyuden Bayushi, à la cour d'hiver, devant les yeux mêmes du Fils du Ciel. Alors j'attends le meilleur de vous.
Les yeux pleins d'émotion et de passion, il s'arrête, guettant la réaction de sa troupe.

- Devant Sa Majesté ? articule le premier rôle masculin, la voix blanche.
- Oui, répond le vieil acteur avec emphase. Devant le Fils du Ciel lui-même, le descendant d'Amaterasu Omikami, Hantei XXXVIII, puissent les Fortunes lui prêter longue vie. Et tous les daimyo et les dignitaires de la Cour d'Hiver.

Les yeux de la courtisane se plissent. La cour d'hiver... C'est vraiment le dernier endroit où elle a envie de passer la morte saison... Plus de cinq mois enfermée dans un palais rempli de serpents colorés prêts à planter leurs crochets dans leurs victimes...
Et puis elle n'a pas envie de quitter la ville, de laisser Jocho. Sans fausse modestie, il est plus ou moins incontrôlable quand elle n'est pas dans les parages.

- C'est une chance unique, que nous ne pouvons refuser. Si nous impressionnons cette noble assemblée, notre fortune est faite.
Et si nous les décevons, je ne donne pas cher de notre peau...ajoute-t-il mentalement

- Mais sensei... Quelles pièces allons-nous leur présenter ? Il en faut au moins une par semaine, c'est un public exigeant.
- Oui, tout à fait. Il faut leur montrer les pièces les plus originales de notre répertoire. J'ai commencé à y réfléchir, la pièce de Furuyari me semble une bonne idée. Mais vos suggestions sont bienvenues.
- Hé bien déjà celle que nous avons préparée, sensei...
- Bonne idée. A ce sujet j'ai décidé que pour notre nouvelle pièce, Ohan prendra le premier rôle.

La seconde actrice se fige sur place.
- Mais sensei... Mina a tellement travaillé pour ce rôle, vous ne pouvez pas le lui retirer maintenant... objecte la courtisane, mal à l'aise. Avec un peu plus de travail, elle peut y arriver, j'en suis certaine.
- Mina a eu sa chance. Ce sera toi, Ohan. Je ne peux imaginer le donner à quelqu'un d'autre. Mina, j'ai un autre rôle pour toi, un qui sera plus dans tes cordes.
- Sensei... Il va nous falloir apprendre un nouveau rôle chacune et refaire tous les ajustements avec les autres acteurs. Quinze jours, ce serait trop court.

Tsukiko est de plus en plus mal à l'aise. Voler la vedette à quelqu'un, ça ne la dérange pas. Mais prendre un rôle comme ça... Ce n'est pas juste. Elle sait combien Mina a travaillé pour être à la hauteur et la voir écartée de la sorte est un camouflet qu'elle ne voulait pas lui infliger.
Et puis question ambiance dans la troupe... C'est le genre de décision qui la pourrit pour de longues semaines. Cela va forcément créer des tensions, des jalousies.

Mais la décision a été prise par Shichisaburo, et elle ne le sent pas disposé à revenir dessus.
Bon sang... Pourquoi faut-il tout le temps qu'on me mette dans des situations impossibles ?

- La cour d'hiver dure cinq mois. Cela veut dire que nous allons utiliser la totalité de notre répertoire. Et pas qu'une fois. Nous commencerons par les pièces qui ont le mieux marché et que nous connaissons déjà. Cela nous donnera le temps de peaufiner la nouvelle pièce.
La courtisane est soulagée d'entendre ça. Avec un peu de chance, Shichisaburo reviendra sur sa décision si Mina s'améliore.

- Celle de Shosuro Furuyari sera redemandée, c'est sûr, sensei. Au moins trois ou quatre fois.
- Exactement. Nous nous adapterons aux préférences de leurs seigneureries, affirme Shichisaburo avec une assurance qu'il est loin d'éprouver.
Des fois cela aide, d'être acteur.
- Oui, sensei.

Les membres de la troupe se regardent, moins sûrs d’eux que leur chef.
Jouer devant les grands de l'empire... Rien ne les a préparés à cela aujourd'hui.
Tsukiko ne suit plus la conversation, elle se demande comment elle va annoncer ça à Jocho. Cinq mois et demi d'absence...

Et alors que ses pensées dérivent, Shichisaburo enchaîne.
- Bien. Il ne va pas falloir traîner, nous avons quinze jours pour nous préparer au départ.
- Quinze jours, sensei ?! Mais comment... Il nous faut des tenues, des accessoires, revoir tous les costumes...
- Oui. Il nous faut au moins trois ou quatre commis. Et de l'argent.

Cela, au moins, ne devrait pas être un problème, pense-t-il. Il n'a jamais eu autant de koku dans les mains de sa vie.
- Que faisons-nous aujourd'hui, sensei ? S'il faut commencer à préparer notre départ, nous devons nous y mettre le plus vite possible, non ?
- Tout à fait. Alors, Hige, tu récupères des chariots et des attelages. Hineko, tu prends contact avec le couturier. Takeo, tu te charges des éclairages. Miki....

Il poursuit ainsi, répartissant efficacement les taches à exécuter dans les deux petites semaines qui leur restent avant le départ.

Puis il conclut, du même ton un peu brusque :
- Bon, la chance, la fortune et la réputation, ça se gagne, les enfants. Je ne dis pas que ça va être facile. Au contraire, c'est probablement ce que vous aurez fait de plus dur dans votre vie. Mais, en s'y mettant tous ensemble, on peut réussir. Et on va réussir. D'accord ?
- Oui, sensei !

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 01 oct. 2014, 10:21

Tsukiko est entrée et a refermé la porte de la maison discrète qu'elle loue depuis déjà plusieurs mois dans le quartier des pêcheurs. Jocho ne va pas tarder à arriver et quand il vient la voir, il n'est curieusement jamais en retard. Elle va et vient au rez-de chaussée, prépare le dîner qu'ils partageront, puis ce qu'il faut pour le bain qu'il voudra sans doute prendre.

C'est étrange, cette impression de vie commune normale. Oui, c'est ça. Normale. Ils se quittent le matin, ils se retrouvent le soir. Pas tous les soirs, bien sûr. Mais très souvent. Ils prennent leurs repas ensemble, discutent de tout et de rien avant d'aller se coucher. Une vie commune normale...
Ou plutôt, un îlot de stabilité dans leurs vies.

Il est plus calme quand il est avec elle, elle est moins farouche quand il est dans les parages.
C'est presque comme une vie normale. Presque.
Qui aurait cru cela possible, venant d'eux ? Ils n’y croyaient pas eux-mêmes.

Bientôt, l'odeur du riz se répand dans la cuisine, celle de la coriandre, du gingembre, de la citronnelle. La viande rissole doucement dans une petite marmite avec des aromates, un peu d'eau, des épices...
Shosuro Tsukiko faisant la cuisine dans une petite maison du quartier des pêcheurs, c'était aussi hautement improbable quelques semaines auparavant.
Mais elle aime ce qu'elle fait. Elle est devenue plutôt douée dans le domaine, d'ailleurs.
C'est un bonheur domestique tout simple, qu'elle n'aurait pas imaginé apprécier avant.
Mais est-ce que Jocho l'apprécie ? Elle serait bien incapable de le dire.
Il en a l'air, en tout cas. Mais avec lui, impossible d'en être sûr.

Les légumes découpés avec dextérité rejoignent le fond du wok huilé, assaisonnés, parfumés.
Et pourtant...jamais il n'a regardé une femme comme il la regarde elle, jamais Jocho l'inconstant n'a eu une relation suivie comme il l'a avec elle. Elle le sait.
Mais ce qui caractérise Jocho, ce qui fait son charme, sa fraîcheur, c'est cette inconstance. Rien ne lui garantira jamais qu'il restera avec elle s'il a l'opportunité de se libérer du carcan de ses obligations.
Rien. Ni elle, ni les enfants qu'ils auront peut-être un jour, ni le poste de gouverneur de la cité qui doit lui échoir.

Elle ne sait pas si cette stabilité ne va pas le lasser, si ce bonheur banal ne va pas lui paraître fade à la longue. Et le connaissant comme elle le connaît, il y a plus de chance que cette perspective le fasse fuir qu'elle ne le fasse rester.
Mais Tsukiko ne lui mettra jamais de chaîne. Elle ne les supporterait pas elle-même, comment pourrait-elle lui infliger cela ? Jocho est un esprit libre comme elle, il fera tout pour le rester.
Et elle fera tout pour qu'il le reste.

Mais ce bonheur banal est aussi une danse permanente sur le fil du rasoir. Chaque jour, chaque nuit, ils enfreignent les consignes données par la veuve noire à son fils. Qui serait doublement furieuse, si elle était au courant que c'est avec elle qu'il les enfreint, alors qu'elle a tout fait pour se débarrasser d'elle. Mais pour cela, il aurait fallu qu'elle ait un peu plus d'imagination... et ce n'est pas cette magistrate enamourée, exécuteur des basses oeuvres, qui pourrait y suppléer, elle qui est persuadée d’avoir éloigné pour toujours la menace...

Il faut bien le reconnaître : ce petit jeu doit follement l'amuser. Braver l'interdit, anticiper les coups tordus, trouver des excuses, des prétextes...Il est dans son élément, il y excelle. Il adore ça.

Tant que sa présence est inconnue, Tsukiko ne risque pas grand chose. Mais Jocho doit jongler en permanence entre ses obligations sociales, les demandes de sa mère, les impératifs de sa charge et l’entraînement des troupes. L'adrénaline ne se trouve pas que dans les combats.

Tsukiko rajoute le lait de coco dans la viande qui mijote depuis un moment, fait sauter les légumes dans la poêle, couvre le riz qu'elle pose à côté du feu. Le repas est prêt, il ne va pas tarder. Il est en général ponctuel. Le temps pour elle de se changer, de passer quelque chose de plus habillé. Qu'il ôtera rapidement. Mais peu importe, elle aime quand il lui ôte ses vêtements...
A cet instant les tubes de bambou de l'entrée s'entrechoquent. Cela doit être lui.

Par réflexe, le tanto qu'elle dissimule toujours dans sa manche glisse dans sa main fine. Elle ne le rentrera que quand elle sera sûre que c'est bien lui.
Elle va jusqu'à l'épaisse porte de bois, fait coulisser le judas. Ce soir, comme souvent, il porte l'uniforme de la garde. Elle ne se pose jamais la question de savoir si c'est bien lui derrière ce mempo grimaçant, elle le reconnaitrait n'importe où, à son regard, à son sourire ironique, à sa prestance.
Elle tire le loquet, ouvre le battant, reste dissimulée derrière le temps qu'il entre.

Il entre de sa démarche souple, ôte ses sabres de sa ceinture. Enlève son casque. Sourit.
- Bonsoir, Jocho.
- Bonsoir, Tsukiko.

Elle le débarrasse de son manteau, le laisse poser son daisho sur le présentoir prévu à cet effet dans un coin discret de l'entrée, près de l'autel des ancêtres.
- Comment s'est passée ta journée ?
- Plutôt bien, depuis ce matin.

Il lève le nez, renifle.
- Ca sent drôlement bon, dis donc.
- J'ai préparé le repas. Le bain est prêt si tu veux. Tu as faim ?
- Assez, oui. Mais même un mort se réveillerait, avec des odeurs de cuisine comme ça !
- Tu es un vil flatteur.

Il s'approche d'elle, frotte son nez contre le sien, taquin.
- Non, c’est juste que je ne te connaissais pas ces talents pour la cuisine...Bon après ça, peut-être que le goût, lui, est abominable...
- Si ça sent bon, ce ne peut être que bon, mon cher. Et il faut bien que je te nourrisse, non ?
- Tout à fait.
Il ponctue sa phrase d'un baiser sur la bouche.
- Et réciproquement.

Elle sourit contre ses lèvres, caresse sa joue.
Il glisse ses mains le long de son dos, embrasse ses tempes, son cou, mordille la commissure de ses lèvres.Avant de l'embrasser à pleine bouche.
Ses bras fins glissent autour de son cou, ses doigts ôtent le catogan qui retient strictement ses cheveux en arrière, plongent dans la masse noire. Elle aime bien quand il rentre et qu'il l'embrasse comme ça. Elle se sent importante pour lui.

- Tu sens les épices. Mais tu as raison, après une étude approfondie ça a bon goût, commente-t-il d'un ton docte quand ils reprennent leur souffle.
- Bon, tu m'avais parlé d'un bain, je crois...?
- Oui, il est prêt. Tu veux le prendre avant ou après le repas ?
- Avant, ce sera mieux. Moi je dois surtout sentir le poisson… On a enquêté sur les quais.
- Des ennuis ?
- Non, une information au sujet de la bande qui opère en ce moment dans le quartier - des voleurs audacieux, qui ciblent très bien leurs victimes. Mais l'oiseau s'était déjà envolé. Donc nous sommes rentrés bredouilles, après avoir retourné quelques entrepôts. Une opération de routine.
- Mais le vaillant capitaine de la Garde Tonnerre est allé chercher les renseignements que lui a promis l'un de ses informateurs, je suppose...
- Voilà. Puisque les renseignements fournis par le premier étaient insuffisants, j'ai décidé d'user de mes contacts personnels. Très personnels et très intimes.
- Et je sais combien tu peux être bien introduit auprès de certains d'entre eux...

Ses mains se posent sur le obi, en cherchent le pli et le dénouent, l'ôtent délicatement.
- En profondeur. Mais cela demande de l'adresse et du savoir faire.
- Tout le monde connaît le doigté qui est le tien dans certaines circonstances, allons. Je ne me fais pas de souci.

Les deux amants se regardent, et simultanément se mettent à rire.
- Allez, va prendre ton bain, l'eau va refroidir.
Il dépose un baiser sur ses lèvres.
- Comme toujours, je suis à ta disposition, ma belle.

Il se débarrasse de son kimono, ne gardant que le fundoshi, et se dirige pieds nus vers les bains.
Il est quand même... pas mal, songe la courtisane en le regardant marcher dans le couloir de la maison.
Ses longs cheveux noirs flottent librement le long de ses larges épaules et de ses hanches musclées, les muscles roulent sous la peau alors qu'il avance de sa démarche souple jusqu'à la porte des bains.

Il finit de se déshabiller et après s'être vigoureusement frotté, s'immerge avec un soupir de satisfaction dans le bain brûlant.
Il flotte à sa surface des pétales de fleurs, elle y a ajouté des huiles essentielles pour le délasser.
Les essuies prévus pour lui sont épais, moelleux à souhait.
Son kimono d'intérieur favori est posé, soigneusement plié, sur le petit banc de bois de cèdre qui exhale une douce fragrance sous l'action de la vapeur d'eau.

Jocho regarde, amusé, les pétales de fleurs à la surface. Elle a vraiment poussé loin le souci du détail...même s'il doit reconnaître que cela sent très bon.
La chaleur du bain et les huiles se conjuguent pour délasser plaisamment ses muscles.
Il s'étire de tout son long, se laisse aller à une douce béatitude.

Pendant ce temps, la table a été dressée, le saké réchauffé et versé dans le petit carafon, la coupe qu'elle lui a offerte remplie. Tsukiko dépose le tout sur un petit plateau laqué de rouge avant qu'elle ne rejoigne les bains et n'y entre sans bruit.
Le tintement de la porcelaine délicate, précédant son parfum de rose, signale son arrivée.

Des lèvres pleines se posent sur les siennes et murmurent :
- Saké ?
- C'était exactement ce dont j'avais envie.

La bouche s'écarte, puis revient prendre la sienne. L'alcool y coule doucement, se mêle au baiser brûlant qu'elle lui offre.
Il sourit, avale la gorgée d'alcool tiède. Elle connait bien ses goûts.
- Le dîner est servi. Tu viens quand tu veux...
Il attrape son visage entre ses mains.
- Pas avant de t'avoir rendu la pareille...

Et de s'emparer du flacon de saké, et d'en prendre une grande gorgée. Il se redresse dans le bain, faisant valser une bonne partie de l'eau sur le sol, et l'embrasse à son tour, laissant dégouliner l'alcool tiède dans sa bouche. A dire vrai, il n'y a pas que ça qui dégouline.
Heureusement que tu n'as pas eu le temps de mettre une jolie tenue, Tsukiko...

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 02 oct. 2014, 21:18

Le repas a été dressé au centre de la pièce à vivre, dans l'enfilade d'un petit salon confortablement garni de coussins disposés autour d'un plateau de thé et de pâtisseries, posé sur une table basse laquée. La porcelaine simple est remplie des plats qu'a préparés Tsukiko, de généreuses portions car elle sait qu'il a souvent très faim le soir.
Saké à température, thé vert parfaitement infusé.
Joli dressage, recherché, dans les plats.

Ils se sont assis de part et d'autre. Jocho a revêtu le confortable kimono d'intérieur, le laissant entrouvert sur son torse musclé avec nonchalance. Il y a peu de chances qu'on vienne le chercher jusqu’ici.

Ce soir, Tsukiko s'est essayée à un riz sauté aux épices qu'elle n'a jamais tenté, et les plats qu'elle lui présente sont vraiment très différents de ce qu'il a l'habitude de manger au palais.

Il examine le plat avec curiosité. Tout parait vraiment délicieux.
- On peut goûter ?
- C'est fait pour, Jocho.

Il prend ses baguettes et prend une bouchée.
- C'est excellent, Tsukiko-chan.
Il dévore le contenu de son bol à grands coups de baguettes.

Encore des heures de travail qui disparaissent en cinq minutes...Mais après tout, la nourriture est faite pour être mangée.
- Je suis ravie que ça te plaise. Encore un peu ?
- Volontiers. Veux-tu un peu de saké ?
- S'il te plaît.

Il prend le carafon et la sert sans façons, avant de se servir lui-même.
- Jocho, j'ai quelque chose à te dire.

Il s'interrompt dans son geste et la fixe, attentif.
- Shichisaburo a fait un gros changement aujourd'hui. La troupe a été invitée pour la cour d'hiver à Kyuden Bayushi. Cela veut dire qu'elle quitte la ville dans deux semaines, pour cinq mois et demi. Et que je fais partie des pièces qu'il compte présenter.
- Que comptes-tu faire ? demande-t-il d'un ton neutre.
Elle sent sa tension dans cette brève question.
- Je veux rester avec toi.

Il expire, sourit.
- Tu en auras l'occasion. Je vais aussi à la cour d'hiver.
- Tout est parfait, alors.

La courtisane sent le poids qui pesait sur ses épaules la quitter et elle se détend imperceptiblement.
Il se penche, le sourire jusqu'aux oreilles, prend son visage dans ses mains, l'embrasse. Mais cette démonstration est bien insuffisante pour exprimer toute l’allégresse qui vient de l’envahir.
Il se lève, fait le tour, la serre dans ses bras, la couvre de baisers, la renversant dans les coussins. Il évite de renverser la table mais c'est tout juste.
Ca a marché ça a marché ça a marché !

Sa compagne est surprise par cette soudaine explosion de sentiments. Il ne l'a pas habituée à autant d'allégresse, autant de plaisir à apprendre une nouvelle.
Voyant son air surpris, son amant lève le nez, lui caresse les cheveux.
- J'ai appris hier que je partais à la cour d'hiver...je ne savais pas comment t'annoncer la nouvelle.

Elle comprend mieux son vague à l'âme de la veille.
- Mais pourquoi ? Je sais très bien que tu as des obligations, Jocho. Jamais je ne te ferai une scène parce que tu dois faire ton devoir envers le clan ou la ville.
- Je ne voulais pas te laisser toute seule ici, Tsukiko.
- Tu te fais trop de souci pour moi, je peux bien arriver à me débrouiller toute seule quelques semaines.
- Peut-être…mais comment pourrais-tu te passer de moi ? plaisante-t-il.
- Arrête de faire le pitre, Jocho. Tu sais très bien que je n'aime pas quand on est séparé, que tu me manques quand tu n'es pas là. Je n'ai pas honte de te le dire.

Il la serre dans ses bras, et murmure :
- Ma petite actrice préférée. Je suis content qu'on aille là-bas ensemble.
Son sourire est chaleureux.

Malgré son évidente sincérité, Tsukiko ne peut s'empêcher d'avoir un doute. Comme par hasard, il apprend qu'il part à la cour d'hiver. Comme par hasard, Shichisaburo lui apprend qu'ils partent aussi, résolvant miraculeusement leur problème à tous les deux. La coïncidence est bien trop belle pour n'être que du fait du hasard.
Soudain, elle en est sûre.

- Tu me prends vraiment pour une bille, Jocho ! explose-t-elle.
- Mais pas du tout, qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Ose me dire que tu n'as pas tout combiné dans mon dos ?
- Hé bien...
- Et tu croyais que tu arriverais à m'embobiner aussi facilement ?

Jocho fait de son mieux pour garder son sérieux, mais il a du mal.
- Non mais tu croyais que tu allais pouvoir me cacher ça ? A moi ? Tu me fais beaucoup de peine, Jocho...

Tsukiko le voit réprimer difficilement un accès de rire. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le voir se moquer d'elle comme ça, en pleine face...
- Je vais t'étrangler, Jocho !
- Tsukiko-chan...
- Et ça te fait rire ? Pourquoi tu n'es pas fichu de dire les choses simplement ? Je suis trop bête pour comprendre, c'est ça ?
- Mais non...
- Alors pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Mais non, bien sûr... Ce n'est pas assez... C'est ça, hein ?

Son sourire un peu penaud répond pour lui. Elle le connait trop bien.
Puis il reprend un peu son sérieux.
- Tsukiko-chan, nous serons ensemble les mois qui viennent. Ensemble. N'est-ce pas le plus important ?
- Peut-être, mais il est aussi important que tu arrêtes de me prendre pour une idiote !

Il prend un air contrit.
- Promis, je ne le ferai plus.
- C'est ça... Tu ne peux pas t'en empêcher, c'est plus fort que toi, maugrée-t-elle.

Jocho se met à rire.
Et après un instant d'hésitation, le rire de Tsukiko se mêle au sien.
Incurable.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 03 oct. 2014, 16:55

Les deux amants ne se voient guère dans les deux semaines qui suivent.
Préparer un départ à la Cour d’hiver en deux petites semaines, c’est tout juste impossible.
Tsukiko n’a pas le temps de manger, à peine celui de dormir. Il y a tant à faire, à préparer, à prévoir.
Tout le monde dans la troupe s’affaire, mais même ainsi, cela semble infaisable. Ils ne seront jamais prêts. Rien que préparer les costumes demande au moins un mois.

Sur ce point, Shichisaburo a tranché. Les commis voyageront avec eux. Ainsi ils pourront utiliser le temps du voyage pour terminer leur ouvrage. Ca va leur coûter une fortune, mais les costumes seront prêts à l’arrivée. Certains des accessoires dont ils ont besoin les rejoindront sur le chemin. Et tout est à l’avenant.
Encore trois jours. Non, plus que trois jours.

Jocho était au départ assez optimiste.
Il a l’habitude d’organiser des manœuvres avec ses troupes. Quand ils partent battre la campagne pour plusieurs jours, quelques heures suffisent pour que tout le monde soit sur le pied de guerre, prêt à partir.
Mais comme il l’a découvert à son grand dam, une délégation à la cour d’hiver a autant de ressemblance avec un bataillon que la garde-robe d’une courtisane avec le barda d’un soldat.

Il y a des samurai, mais il y a surtout leurs épouses, leurs enfants, leurs concubines, leurs hommes d’armes, leurs serviteurs, leur maitre d’armes, leurs artisans, les artistes qu’ils parrainent, et toute une flopée d’invisibles. Ce qui , au total, ne fait pas loin de six cent personnes. Tous avec des souhaits, des désirs, des caprices, des exigences, des points d’honneur, des intolérances, des inimitiés, des jalousies. Il passe son temps à régler des querelles de préséance et d’étiquette, allant du nombre de concubines autorisées jusqu’à la décoration des palanquins.

A côté de ça, les problèmes logistiques pour déplacer cette petite armée jusqu’à Kyuden Bayushi apparaissent presque simples. Et malheureusement, s’il peut se reposer sur Takamaru pour définir l’itinéraire, réserver les auberges, s’assurer des vivres et du fourrage, il ne peut lui déléguer la tâche épineuse de mettre dans le bon ordre tout ce petit monde, qui se sentirait offensé d’avoir affaire à l’intendant pour des questions aussi essentielles. Mais l’affaire semble aussi compliquée que de rédiger un traité de paix entre les Crabes et l’Outremonde.

Et il ne lui reste plus que quelques jours pour mettre tout le monde d’accord. Dégoûté, il se demande s’il va y arriver. Préparer un départ à la cour d’hiver en deux petites semaines, c’est tout juste impossible…

Le jour du départ arrive enfin.

Incroyable. Tout le monde est là. Les palanquins sont sagement alignés, les tenues sont impeccables, le poil des chevaux luit, les harnais, les armes et les armures rutilent.
Jocho passe l’escorte en revue, saluant les uns et les autres d’un signe de tête. Tout semble en ordre.
Il y a intérêt. Le premier qui tousse de travers, il le transforme en sashimi.

Enfin, il donne le signal du départ.
Les voilà partis pour Kyuden Bayushi…

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 04 oct. 2014, 13:06

Le Champion du Clan du Crabe s'est assis sur son futon et se passe la main dans les cheveux. Rien n'y fait. Ni le saké, ni les femmes, ni l'épuisement. Dès qu'il se couche, il sent sa peau contre la sienne, son odeur de rose et de musc mêlée, sa main qui le caresse et ses baisers sur sa bouche. Il entend sa voix qui murmure à son oreille, son rire cristallin et sa manière de prononcer son prénom. Rien n'y fait, il n'arrive pas à se la sortir de la tête.

C'est un manque physique, douloureux. Il ne s'est jamais senti aussi bien qu'avec elle et il ne s'est jamais senti aussi mal que depuis qu'elle n'est plus là.
Ce manque le tient éveillé, lui ôte l'appétit, lui fait perdre le sommeil. Lui, le fils du Grand Ours, amoureux comme un adolescent. Il y a de quoi se jeter des cailloux...

Si jamais son père apprend ça, il n'a pas fini de l'entendre crier.
- T'es dans la merde, Yakamo...

Il se lève finalement, agacé de tourner sur sa couche sans trouver le sommeil, va se jeter de l'eau sur le visage avant de passer un épais kimono d'intérieur. Il fait venir du thé, hésite encore un moment puis appelle un des gardes à l'extérieur.
- Va me chercher Kyoko.
- Hai, seigneur.

Hida Kyoko s'est hâtée vers les appartements de son seigneur sans perdre de temps à se préparer. Elle entre une dizaine de minutes plus tard, vêtue d'un épais kimono de nuit. C'est sans doute l'une des premières fois où Yakamo la voit les cheveux dénoués.
- Dono ?
- Je n'arrive pas à dormir.

Elle s'approche de lui sans faire de geste brusque, s'assoit à ses côtés et remplit les tasses de thé fumant.
- Pourquoi, seigneur ?

Elle se doute de ce qui l'a tenu éveillé. Ils en ont longtemps parlé, sur la route. Et sa réponse brusque la conforte dans cette interprétation.
- Parce que.
- Ce n'est pas une raison, ça. Voulez-vous que je fasse venir le shugenja ?

Yakamo écarte la suggestion du shugenja comme il écarterait des mouches.
- Alors voulez-vous en parler ?
Un silence.
- Je n'arrive pas à me la sortir de la tête.
- Je comprends.
- J'en ai assez.

Kyoko pose une main apaisante dans son dos et le frotte doucement, comme elle a l'habitude de le faire quand il est aussi tendu.
- Et comment comptez-vous résoudre le problème ?
- Je ne sais pas, dit-il, l'air dégoûté.
- Avez-vous envie de sauver ce qui peut encore l'être ?
- Quoi ?
- Essayer de recoller les morceaux, ou au moins avoir une explication franche et posée avec elle.
- Hein ? Alors qu'elle s'est ouvertement fichue de ma gueule ?
- Non, dono. Ce n'est pas ce qu'elle a fait et vous le savez.
- Ah oui ? Et ce foutu pari, alors ? C'était quoi ?
- Quelque chose qu'elle ne pouvait pas éviter mais dont elle a essayé de vous protéger.

L'expression de Yakamo est sceptique.
- J'ai pris le temps de discuter avec elle avant notre départ. Ce qu'elle m'a présenté n'est pas tout à fait la version qu'on vous a donnée.

Kyoko lui résume de sa voix calme et posée la longue conversation qu'elle a eue avec Shosuro Tsukiko, le soir où son seigneur a mis un terme à leur liaison. Le pari, la manière dont elle a manoeuvré pour se rapprocher de lui, ce qui l'a fait changer d'avis et ce qu'elle a fait pour protéger son amant des manipulations de Jocho.

Yakamo l’écoute d’une oreille, peu convaincu. Puis le sourire ironique du fils du gouverneur lui traverse la mémoire comme un sillon ardent, et il gronde :
- Quand je pense qu'elle est avec cette raclure de Scorpion, ce paon enfariné, ce chien galeux à poil rouge...

Ses poings se serrent, au point que ses jointures blanchissent.
- Mais elle est avec lui parce qu'il a fait en sorte de vous écarter du paysage, seigneur. Rien ne vous empêche de lui rendre la monnaie de sa pièce.
- Comment ça ?
- En la lui ravissant. Au propre comme au figuré.

Les sourcils de Yakamo se froncent.
- Vous avez un avantage sur lui, seigneur : vos sentiments sont partagés. Vous êtes... le premier. Comprenez-vous ce que je veux dire ?
- Oui...je crois. Mais que proposes-tu, en pratique ?
- Nous avons plusieurs options. Une cour en règle en faisant jouer votre statut, qui est supérieur au sien, je vous le rappelle. Une invitation à résider à Kyuden Hida, que le Clan du Scorpion aura du mal à refuser. Ou bien une solution plus... radicale... un enlèvement. Je déconseille l'enlèvement parce que c'est potentiellement l'action qui risque de nous apporter le plus d'ennuis. Ou bien vous pouvez la demander comme concubine à la famille Shosuro. Diplomatiquement, c'est imparable, seigneur.
- Excellent. Kyoko, occupe-toi de cela.
- M'occuper de quoi exactement, mon seigneur ?
- De faire la demande. Les papiers. Qu'elle vienne ici.
- Et votre père ?
- Quoi, mon père ?
- Avez-vous l'intention de lui en parler avant que son palanquin n'arrive en vue des portes du palais ?
- Tu me casses les pieds, Kyoko.
- Non, seigneur, je suis là pour vous éviter les ennuis.
- Trouve quelque chose qui ne posera pas de problème avec mon père.
- Une concubine ne devrait pas lui poser de problème, mais son clan d'origine par contre... Cela risque de poser quelques soucis. Mais ce qui devrait faciliter les choses, c'est l'alliance entre sa famille et celle de Hida Kenzo. Ils sont cousins, après tout.
- Très bien. Arrange ça.
- Je m'en charge, mon seigneur.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 05 oct. 2014, 15:14

Kyoko se met donc en demeure de faire les choses dans les règles. Elle écrit au nom du Champion du Clan du Crabe, et compte bien user de toute l’influence que cela lui donne. Elle rédige avec soin un courrier adressé à Shosuro Hyobu, gouverneur de Ryoko Owari Toshi, exprimant en termes choisis l’intérêt porté par l’héritier du clan du Crabe à certaine jeune personne, et sollicitant de façon polie mais ferme la possibilité d’inviter la même jeune personne à Kyuden Hida, de façon permanente.

Elle sait – et Yakamo aussi, en principe – que l’acheminement du courrier, et de sa réponse, vont prendre plusieurs semaines. Cela n’empêche pas le Champion du clan du Crabe de la houspiller à intervalles réguliers, et de prendre un air renfrogné en apprenant que la réponse n’est pas encore arrivée.

Enfin, la réponse arrive – mais la déception est grande. Hyobu la remercie en termes choisis de l’attention flatteuse portée à une ressortissante de sa famille, et bien sûr elle est plus que ravie de cette perspective de rapprochement des deux grands clans du Scorpion et du Crabe. Hélas, il semble que la jeune personne soit introuvable, malgré tous ses efforts, elle en est vraiment navrée. Si jamais celle-ci refait surface, elle ne manquera pas, bien sûr, d’en avertir aussitôt le clan du Crabe. La lettre se termine par les salutations habituelles, un peu plus alambiquées et fleuries que d’ordinaire.

Kyoko est sceptique. Shosuro Tsukiko est-elle introuvable, ou Hyobu couvre-t-elle tout bonnement la maîtresse de son fils ? Elle décide de ne pas mentionner cette réponse à Yakamo, et d’écrire directement au daimyo de la famille Shosuro. S’il y a anguille sous roche, Hyobu ne pourra pas se dérober, cette fois.

Cette deuxième réponse met encore plus de temps à venir que la première, au point que Yakamo commence à ressembler à un fauve en cage. Les regards qu’il lui lance chaque matin sont dépourvus d’aménité, et s’il a renoncé à lui poser la question rituelle, elle voit bien que son impatience est à son comble.

Enfin arrive la réponse de Shosuro Hametsu. Bien que plus concise et plus formelle que celle de Hyobu, elle semble néanmoins plus honnête – une lettre de daimyo à daimyo. Mais elle est, également, négative. La jeune fille aurait quitté Ryoko Owari, mais nul ne sait où elle se trouve.
Il semblerait que Shosuro Tsukiko se soit purement et simplement volatilisée.

Et ça, ça ne va pas faire plaisir à son maître, Kyoko est prête à le parier. Elle soupire. La semaine va être difficile. Très difficile... Encore plus avec la cour d'hiver impériale qui s'annonce et à laquelle il doit participer. Les Fortunes sont facétieuses en ce moment.
Autant trancher dans le vif tout de suite.

Elle se fait annoncer chez Hida Yakamo et patiente dans l'antichambre.

Yakamo, ce matin, est d'une humeur massacrante.
La troupe d'ogres qui avait été repérée hier par les éclaireurs a changé de direction pendant la nuit, ce qui fait que les troupes qu'ils ont déployées pour les prendre en embuscade vont être aussi utiles qu'un kabuto sur un plat de nouilles. Et les gardes de la troisième forteresse vont avoir du mal à tenir jusqu'à l'arrivée des renforts.

Et en plus, il est censé s'occuper de cette fichue cour d'hiver, alors qu'il y a tant à faire ici.

Le serviteur qui vient lui glisser à l'oreille la présence de son karo n'en mène pas large, les colères monumentales qui secouent à intervalle régulier le kyuden sont dans les esprits de chacun.
- Pas trop tôt, grommelle-t-il.

Il a l'impression que cela fait des mois qu'il lui a fait cette fichue demande. A moins qu'elle ne vienne à nouveau le houspiller sur les préparatifs de cette maudite cour d'hiver ...
- Bonjour, dono.
- Assieds-toi, Kyoko. Du thé ?
- Volontiers, dono.
Au moins, il n'a pas oublié ses manières, pense-t-elle en s'agenouillant de l'autre côté de la table.

C'est bien parce que c'est son karo qu'il fait un effort. L'avant-dernière personne à passer la porte l'a fait en vol plané. L'abruti qui lui a expliqué qu'ils avaient "perdu" la troupe ennemie.

Le serviteur s'approche timidement, la théière à la main.
- Arigato, Juzo-san. Laissez cela, je vais m'en charger.

Elle adresse un sourire poli au heimin et lui fait signe de poser son fardeau, lui offrant par la même occasion une excuse pour s'échapper. La colère de Yakamo va encore secouer tous les murs de la forteresse. Puis elle attend qu'ils aient bu pour lui donner le motif de sa visite, ce qui lui laisse le temps de préparer ce qu'elle va dire.

Yakamo avale d'un coup le contenu de sa tasse.
- Bon, alors, c'est quoi cette fois ?
- La réponse de Shosuro Hametsu-dono est arrivée de Shiro no Shosuro. Il semble que Shosuro Tsukiko-san soit introuvable.

La figure de Yakamo passe par le livide avant de virer à l'écarlate.
- Quoi ?! hurle-t-il. Tu te moques de moi ? Ca fait des mois, et là tu m'expliques que tu ne sais pas où elle est ?!
- Non, dono. Personne ne peut répondre favorablement à votre demande parce que personne ne sait où elle se trouve.
- C'est impossible ! Elle doit bien se trouver quelque part !
- Elle n'est apparemment ni à Ryoko Owari Toshi, ni sur les terres de la famille Shosuro.
- Par la barbe de mes ancêtres, Kyoko, si tu te moques de moi, je te jure que...
- Pourquoi ferais-je une chose pareille, dono ? Je vous sers du mieux que je le peux.

Impulsivement, il cogne dans une poutre. La pauvre poutre, qui ne demandait rien, gémit sous l’impact.
- Par les couilles d’Osano-Wo ! hurle-t-il.

Kyoko reste très calme.
- Je pense qu'on l'a mise à l'abri, seigneur. Pour une raison que j'ignore encore mais j'ai la très nette impression qu'il s'est passé des événements graves à Ryoko Owari Toshi. J'ai écrit il y a quelques semaines à Ashidaka Mishikane, un de mes condisciples du dojo de la famille Kakita. J'attends sa réponse sous peu.
- Quand ? lâche-t-il.
- Il saura comprendre l'urgence dans ma lettre. Je pense que j'aurai de ses nouvelles d'ici la fin de la semaine.
- Oh, et puis j'en ai rien à foutre. J'ai déjà trop attendu. Qu'elle aille se faire voir ailleurs, cette greluche. De toute façon j'ai tourné la page.
Il se lève, et se plante face à la fenêtre, les mains croisées dans le dos.

Il ment mal, comme d'habitude. Mais Kyoko sait bien que l'inaction et l'attente sont autant d'ennemis pour sa patience.
- Elle ne sait pas que vous la cherchez, dono.
- J'en ai rien à battre, je te dis. Qu'elle soit dans les Iles de la Mante, sur les Terres Brûlées, ou dans l’Outremonde, grand bien lui fasse.
- Très bien, dono.
- Bon, c'est pas tout ça, mais il y a des ogres qui se permettent des libertés, là. On y va ?
- Oui, dono. Je vais m'occuper des chevaux.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 06 oct. 2014, 18:31

Dans le strict ordre protocolaire qui caractérise en général l'arrivée de celle-ci lors d'une manifestation de l'ampleur de la Cour d'Hiver de Sa Majesté, on voit s'étirer depuis les premières lueurs de l'aube le cortège des palanquins, montures et samurais d'escorte du clan de Doji.

La famille éponyme ouvre la marche, avec à sa tête le Champion d'Emeraude en personne, ses enfants et leurs conjoints respectifs. Puis vient la famille Kakita, Kakita Yoshi et sa famille proche. On note la présence inhabituelle de la Grue Grise en personne, accompagnée d'une jeune femme au port altier de combattante.

La famille Daidoji arrive en troisième position, son daimyo Daidoji Uji ouvrant la marche. Un célibataire que nombre de clans chercheront à séduire en lui présentant des fiancées potentielles, sans doute plus belles les unes que les autres.

La très discrète famille Asahina ferme le cortège, mais il est impossible de distinguer son daimyo dans les quelques personnes qui sont en tête.
Bien entendu, les plus belles soieries sont de sortie pour l'occasion. Tous les samurai de la délégation rivalisent d'élégance dans cette démonstration de bienséance. Le bleu et le blanc dominent très largement la masse grouillante qui gravit la route pavée menant à Kyuden Bayushi, l'on devise, l'on extrapole, l'on complote et l'on se perd allègrement en conjecture durant les derniers ken du trajet.

A deux pas derrière les fils de Doji Satsume, la silhouette élancée d'un jeune homme regarde avec plaisir les murs de la citadelle du Clan du Scorpion se rapprocher. Voilà bien longtemps qu'il n'est revenu sur les terres de ses ancêtres. Il va enfin pouvoir revoir ses parents, ses frères et soeurs, et les quelques amis qu'il a gardés depuis son enfance.

Il a entendu dire que Tsukiko ne serait pas là, mais que Shosuro Jocho lui serait présent. Tsukiko... Que devient-elle à Ryoko Owari Toshi ? Elle a tenu à rester avec cet homme indigne d'elle, indigne de tout. Que peut-elle bien lui trouver ? Encore une question à laquelle il ne peut pas répondre.

Il se sent mal à l'aise dans la couleur pâle de son vêtement. Voilà quelques mois qu'il vit dans la famille de son épouse et il a du mal à trouver sa place. On se gausse, on se méfie, on le teste. Bien entendu...

Quelle que soit la sincérité de ses sentiments pour Shizue, le noir du clan du Scorpion lui colle à la peau.
Peu lui importe. Il a fait ce que l'honneur lui commandait de faire et il n'éprouve aucun regret.

Son regard se porte un instant sur le palanquin dans lequel se trouve son épouse. Le méprise-t-elle, comme les autres ? Il n'en sait rien. Elle ne lui parle pas vraiment. Toujours polie, discrète, effacée.

Mais voici que s'ouvrent les portes du château. Les battants de bois sombre ont été ornés de bannières et de fleurs, égayant leur abord intimidant. Le noir et rouge sont bien présents, mais en l'honneur de leurs invités s'y mêlent le vert, le bleu, le jaune, le brun, l'orangé.

Kyuden Bayushi n'est pas une simple forteresse. C'est un palais, où s'exprime, dans l'architecture recherchée de ses bâtiments, le decorum étudié de son accueil, le charme de ses jardins, toute la sophistication et le raffinement du clan des Secrets.
Cette année, Kyuden Bayushi accueille la cour d'hiver, et son seigneur a fait les choses en grand.

Katsumoto a un petit pincement au coeur. Il revoit des lieux familiers, mais il n'en fait plus vraiment partie. Le bleu pâle qu'il porte l'isole et le met à part.

Plongé dans ses réflexions, il se laisse entraîner à la suite de la délégation, et ne réalise qu'à peine qu'ils ont maintenant passé les remparts. L'officier en charge leur a souhaité la bienvenue au nom du daimyo, et les a orientés vers leurs appartements, où la délégation est accueillie par une petite armée de serviteurs prêts à satisfaire leurs moindres requêtes.

En moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, leurs bagages sont amenés, on leur a montré les lieux et servi un thé.
Les appartements des fils de Satsume sont juste à côté, on leur a fait un grand honneur.

Katsumoto se retrouve seul avec son épouse, et une servante en train de disposer leurs affaires dans les placards, avant de se retirer.
Shizue est silencieuse, comme souvent depuis qu'ils sont ensemble.

- Ma dame ? Est-ce que tout va bien ?
- Oui, je vous remercie. Je suis juste un peu fatiguée du voyage.
- Oui, je comprends... Avez-vous besoin de quelque chose en particulier ?

Elle hésite. Ses yeux très clairs se perdent un instant dans le lointain.
- Juste de me reposer, je pense...
- Très bien... Je vais demander aux serviteurs de ne pas vous déranger.
- Je vous remercie.

Elle est toujours ainsi, polie, discrète. Qui sait ce qu'elle pense vraiment ?
Katsumoto n'insiste pas. Elle ne souhaite pas lui parler, comme toujours. Devant son mutisme, il est totalement désarmé, impuissant...
Que peut-il faire, hormis s'armer de patience et attendre.
Attendre qu'elle soit un peu plus en confiance, attendre qu'elle arrête de voir en lui un ennemi. Attendre que ses petites attentions, le respect qu'il a envers elle, désarme ses craintes, ses angoisses, sa méfiance.
Attendre qu'elle comprenne que s'il est là, ce n'est pas par devoir, pas par compassion, qu'il est là pour elle.
Mais à moins d'un miracle, cela demandera encore beaucoup, beaucoup de temps. Elle est profondément blessée, et comme un animal craintif, se réfugie en elle-même pour lécher ses plaies.

A regret Katsumoto abandonne du regard la cloison de la chambre où Shizue vient de disparaitre. Autant se concentrer sur des problèmes concrets. Demain, très certainement, le daimyo du clan - Bayushi Shoju-dono, se corrige-t-il - va les recevoir. Il faut qu'il soit prêt. Il se concentre sur sa tasse de thé et réfléchit aux réjouissances à venir. Les festivités ne commenceront pas avant l'arrivée de la famille impériale, dans trois jours. Il lui faut choisir une tenue adéquate, passer en revue les derniers événements de l'année pour ne pas être pris de court par ses questions, aller méditer aussi. Tant de choses à faire et si peu de temps pour tout...

Mieux vaut pour lui qu'il s'enferme dans son bureau. Il dînera seul, comme souvent.
Elle préfère la compagnie de sa famille le soir, il n'y peut rien. Il n'est pas grossier au point de lui interdire de les voir.
Quel gâchis... Fortunes, quel gâchis...
Il pousse un soupir et se plonge dans ses papiers.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 07 oct. 2014, 11:06

Le lendemain, comme il s'y attend, on lui annonce que Shoju-dono recevra ses honorables invités du clan de la Grue afin de leur souhaiter en personne la bienvenue.
C'est l'affolement général chez les serviteurs alors que chacun file se mettre sur son trente et un.

Katsumoto est calme, étrangement calme. Il vérifie une dernière fois l'alignement des plis de son obi blanc sur son kimono bleu glace au décor de montagnes enneigées. Il n'aime pas le bleu, il trouve cela fade. Et il trouve que ce n'est pas une couleur qui lui va très bien. Une coquetterie qui ne lui ressemble pas.
Il s'enquiert de son épouse, veut savoir si elle va bien, si elle a besoin de quelque chose.

Elle s'est apprêtée, avec l'aide de ses servantes. Son kimono est du même bleu glace que le sien et comporte un discret rappel des motifs du sien, ainsi qu'il est de bon ton entre époux. Elle est toujours aussi pâle, malgré les fards.

Elle le remercie poliment de sa sollicitude, s'enquiert de sa santé à lui. Il sait que ce n'est que de la courtoisie de façade. Le mur est toujours là.

Il se contente de prendre l'éventail sur la table basse et de lui sourire avec chaleur, du moins l'espère-t-il.
- Pouvons-nous y aller, ma dame ?
- Bien sûr, mon seigneur.

La servante ouvre le shoji et il s'avance dans le couloir. Elle sera à deux pas derrière lui, comme d'habitude.
Il entend son pas irrégulier, sa claudication, et c'est presque une souffrance. Il voudrait tant pouvoir l'aider.

Certains courtisans dans les couloirs le saluent, saluent son épouse. Il sait parfaitement ce qu'ils pensent mais cela lui est égal. Sa place, il l'a choisie et il s'en contente. Il reconnaît des condisciples, des amis de son père. Il se sent un peu mieux depuis qu'il est arrivé entre les murs du palais de la famille Bayushi. Plus détendu. Il n'appréhende pas l'entrevue avec le seigneur Shoju, il n'a rien à craindre.

Ce n'est pas vraiment le cas de Shizue. La jeune femme est terrifiée. On raconte tant de choses sur la famille Bayushi...Qu'ils lisent les pensées, qu'ils savent mettre à nu les secrets les mieux scellés.
Et là, elle va rencontrer leur seigneur, l'un des proches du Fils du Ciel.
Même avec la présence rassurante de son oncle et de sa famille, et l'homme qui la devance et la protège, elle est pétrifiée d’angoisse. Et s'il savait...s'il découvrait la honte dont elle est l'objet...
Elle ne sait rien des relations entre les Shosuro et les Bayushi, rien des politiques internes du clan des Secrets, qu'elle imagine aussi tortueuses que leurs masques à l’ornementation torturée.

Pourtant l’entretien se passe bien différemment de ce qu’elle a imaginé.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 08 oct. 2014, 09:35

- C'est avec grand plaisir que j'ai appris votre union. Vous vous êtes rencontrés pour la première fois à Ryoko Owari Toshi, je crois ?

Il a déjà fallu tout son courage à Shizue pour venir à cet entretien avec le maitre des lieux. Maintenant qu'elle se trouve en face de lui, dans le cœur de son antre, elle sent les derniers vestiges de son courage s'évaporer comme des gouttes d'eau sur une plaque brûlante, en dépit du ton aimable de son interlocuteur. Katsumoto voit sa détresse et vole à son secours.
- Oui, Bayushi Shoju-dono, c'est le cas, répond-il avec respect.

Le regard de Shoju passe rapidement de l'un à l'autre.
- Le gouverneur Hyobu vous a donc certainement assistés dans vos démarches. Elle est si efficace ! Aviez-vous déjà eu l'occasion de la rencontrer à la Cour, Shizue-san ?
- Non, Shoju-sama, balbutie Shizue. Ma première rencontre avec Hyobu-sama s'est déroulée à la cité des Rumeurs.
- Vraiment ? Et a-t-elle eu l'occasion de vous en faire découvrir les raffinements ? Mais ce n'était sans doute pas votre première visite.

L'affabilité du daimyo semble la rasséréner quelque peu.
- Eh bien, en fait, si, Shoju-sama, s'enhardit-elle. C'était ma première visite, j'étais invitée pour la fête du Premier Sanglier.
- Ha ! Je me souviens de cette fête. La première grande chasse... Au printemps dernier, donc. Très animée ! Vous y participiez aussi, Katsumoto-san ?
- Non, Shoju-dono.
- Quel dommage ! Vous auriez pu faire vous-même les honneurs de la cité à votre fiancée. Vous connaissez bien la ville et ses environs ?
- J'y ai passé une bonne partie de mon enfance, Shoju-dono.
- Vous étiez donc absent ? Mais peut-être n'étiez-vous pas encore engagé formellement avec Shizue-san.
- Non, en effet, Shoju-dono.

Se tournant vers Shizue :
- Votre voyage ne visait pas seulement à rencontrer Katsumoto-san et sa famille ?
- Heu, non, Shoju-sama. J'étais invitée par Shosuro Hyobu-sama pour les festivités... peut-être parce qu'on attendait de moi que je contribue à l'animation de la soirée.

Sa modestie empêche Shizue de s'étendre sur ses talents renommés de conteuse.
- Certainement. Votre réputation s'étend déjà bien au-delà de la capitale. Et notre clan apprécie particulièrement un talent comme le vôtre... Quel thème aviez-vous choisi pour la soirée du gouverneur ?
- J'avais choisi le récit de la Quête de l'Oiseau-Miroir, Shoju-sama.
- Une valeur sûre, dans ces circonstances. Maintenant que vous connaissez mieux la ville et ses notables, quel récit vous semblerait leur mieux correspondre ?

Shizue se trouble.
- C'est une question délicate… je ne saurais dire, Shoju-sama.
- Cette ville a une forte personnalité. Et une réputation parfois sulfureuse, d'ailleurs. Vous a-t-elle laissée indifférente ? N'en avez-vous pas tiré quelque leçon, qui pourrait faire une belle histoire ? Vous y avez rencontré votre époux. On pourrait espérer une morale heureuse, pour une fois !

Katsumoto vole au secours de Shizue.
- En effet, Shoju-dono, rendre mon épouse heureuse est mon plus cher désir.

Shoju incline poliment la tête, mais garde le silence et se tourne légèrement vers Shizue, attentant sa réponse.
Shizue se reprend, et répond d'une voix claire où perce une pointe de défi.
- Si, j'en ai tiré une leçon, Shoju-sama. Ne jamais faire confiance.
Surtout à quelqu'un appartenant au clan du Scorpion, ajoute-t-elle mentalement.

- Ha... soupira Shoju, ce sera donc un récit de facture très classique. Vous n'aviez personne de très proche à Ryoko Owari Toshi, je crois. Il faut espérer qu'il s'agissait d'une tromperie sans trop de conséquences.
Katsumoto baisse les yeux. Le daimyo attend des réponses de son épouse, non de lui.

L'espace d'un instant, Shizue reste silencieuse.
- Oui, tout est bien qui finit bien.
L'amertume sous-jacente trahit sa politesse de convenance. Elle n'a pas encore guéri de cette blessure.

Shoju garde le silence quelques instants.
- Quoiqu'il en soit, une trahison, même minime, laisse des traces durables. Il faut souvent du temps, et de la patience, pour qu'elles finissent par s'estomper.

Katsumoto a le curieux sentiment que le daimyo s'est tourné imperceptiblement vers lui, en prononçant ces dernières paroles.
- Bien, je ne vais pas vous retenir davantage. Je vous souhaite un excellent séjour à Kyuden Bayushi.

Shizue et Katsumoto s’inclinent profondément, Shizue le remerciant, Katsumoto murmurant des salutations polies, avant de prendre congé comme il les y invite.

Le daimyo contemple, pensif, la cloison qui vient de se refermer, et secoue la tête avec un soupir.

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Re: (Nouvelle - ADULTES) Cour d'hiver à Kyuden Bayushi

Message par matsu aiko » 09 oct. 2014, 06:58

Yakamo regarde la lettre du Grand Ours avec consternation. Non, il a bien lu, aucun doute là dessus. L'espace d'un instant, il pense faire comme si ce courrier n'a jamais existé. Cela fait des mois qu'il ne rêve que de réduire ce chien galeux en bouillie, cela fait des semaines qu'il se réjouit d'en avoir enfin l'occasion lors de cette cour d'hiver où ils sont présents tous les deux, et maintenant ça !
Mais qu'a-t-il fait aux Fortunes, bon sang ?!

Il ne peut s'empêcher de gronder de frustration et serre son poing massif, résiste à l'envie de chiffonner la missive de son père, inspire profondément. Son karo le considère sans mot dire, mais replie la carte devant laquelle ils discutent depuis déjà une bonne demi-heure. Elle a reconnu le sceau de Kisada, et l'expression du jeune homme l'intrigue.
- Un problème, dono ?

Yakamo serre les mâchoires. Elle a toujours le chic pour poser les questions auxquelles il ne veut pas répondre. Il gronde de nouveau, frappa rageusement la table. Ah non, mais quelle merde ! Comment son père peut-il lui demander une chose pareille !
- Non, rien, gronde-t-il.
- C'est très vilain de mentir, surtout à moi...

Il ne donnerait pas le change à un enfant de cinq ans. D'un air dégoûté, il lui tend la lettre. Kyoko prend la feuille de papier et parcourt la calligraphie nerveuse du daimyo du clan du Crabe. Il explique de façon extrêmement claire les objectifs à atteindre en termes de négociation lors de la cour d'hiver. L'un des principaux est d'obtenir des conditions avantageuses pour le trafic d'opium, dont l'approvisionnement est vital pour le Mur, auprès de la famille Shosuro.

Elle a reçu il y a peu la liste des invités à la cour d'hiver de Sa Majesté, qui se tient cette année au palais du clan du Scorpion. Elle sait ce que négocier avec la famille Shosuro implique. Cela veut dire parler au fils du gouverneur de Ryoko Owari Toshi.
Shosuro Jocho.
Rien d'étonnant à ce que son seigneur fasse grise mine... Sur l'échelle de valeur de Hida Kyoko, seul Fu-Leng est plus haï par Yakamo. Et encore, elle n'en est pas persuadée.

Le Champion tourne les talons et se plonge dans la contemplation du paysage. Avec quel plaisir il s'était vu lui enfoncer la tête dans le plancher ! Écraser sa face de faux cul sur le parquet, appuyer jusqu'à ce que le bois cède et qu'il passe à travers... Et puis sauter à pieds joints sur son dos... Et puis lui serrer le cou et le voir devenir tout bleu tandis qu'il chercherait l'air et tenterait d'échapper à sa poigne de fer... Et puis entendre ses petits os de rat craquer !

Mais les intérêts du clan priment dans ce cas précis. Kisada ne lui pardonnera pas de revenir bredouille. Pris d'une rage soudaine, il abat son poing massif contre la poutre la plus proche, jure. La poutre, qui ne demandait rien, proteste avec un grincement.
- Peut-être devrions-nous préparer cette cour d'hiver, finalement, mon seigneur ?

Yakamo répond par un borborygme difficilement compréhensible, où la seule partie audible se termine par " par les couilles d'Osano-Wo !". La jeune femme se racle la gorge.

- Ah, quand même... Les palais d'hiver sont pleins de dojo, dono. Vous aurez l'occasion de vous défouler sur les parquets vernis du clan du Scorpion.
- Ce chien galeux à poil rouge, cette fiente de mouette, ce succédané de guerrier enfariné... Je vais le massacrer !

Elle ne peut s'empêcher de rire malgré l'éclat peu engageant de son seigneur. Ses yeux clairs pétillent. Oui, les plumeaux écarlates de la Garde Tonnerre sont très distinctifs.
- Je n'avais pas fait le rapprochement. Mais c'est assez proche de la réalité, à bien y réfléchir. Alors, souhaitez-vous que nous la préparions, cette cour d'hiver ?
- Préparer ? Qu’est-ce que tu veux préparer ? Qu'est-ce que j'en ai à foutre de préparer ce foutu rassemblement de courtisans dégénérés !
- Nous pourrions récolter des informations sur les invités, préparer les négociations, chercher les points faibles, trouver un plan public de Kyuden Bayushi.
- Négocier avec lui... Avec ce... ce fils de...

A l'évidence, l'attention de son seigneur a de nouveau dérivé.
- Ne dites pas des choses que vous pourriez regretter, mon seigneur. Ce n'est pas comme si nous avions le choix, et votre honorable père n'envisage pas l'échec comme une option.
- Mais avec lui, tu te rends compte, Kyoko ?!
- Oui, je me rends compte.
- Non, non et non !

Il a presque hurlé.
- Pas ça ! Je préfère repartir dans l'Outremonde ! Au moins, je n'aurai pas à me poser de questions !
- Vous êtes l'héritier du clan du Crabe, vous devez faire face à vos responsabilités, même si elles sont déplaisantes, même si vous en détestez la perspective.
- Kyoko, je te hais quand tu as raison...

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