Le Vent des Hauts Plateaux - Episode 5
Ci-après votre extrait hebdomadaire du Vent des Hauts Plateaux, par Matsu Aiko.

 

Episode 5 : Eprise de Liberté...

Après avoir réorganisé toute la maisonnée, Honorable Mère se résolut enfin à se tourner vers le monde extérieur à la résidence. Après de longs et lugubres soupirs, elle avait en effet décidé qu’il fallait qu'elle s'acquitte de sa mission d’épouse - veiller au renom de son mari - même en ces terres barbares, et invita donc les épouses des différents notables, dans l’objectif avoué de leur apporter la civilisation et de leur enseigner le bon goût de la capitale. S’ensuivirent donc une série de réceptions fastueuses réalisées à grands frais, Mère allant jusqu’à faire venir des artistes renommés, tout cela afin d’impressionner ses invités.
Bien évidemment ceux-ci ne purent faire autrement que de surenchérir dans le luxe et le raffinement, très loin des manières grossières de la ‘Cité du Crottin’ tant décriées par Mère.
Les forçant ainsi à atteindre des niveaux de sophistication que les malheureux n’auraient jamais osé imaginer auparavant, Mère était au comble du ravissement. Elle avait réussi à reconstituer une Cour miniature dont elle était à la fois l’Impératrice et l’arbitre des élégances.

Tout cela pour dire que Père avait déjà quasiment disparu, happé par ses obligations officielles, et que Mère prit le même chemin.

Ayant fini d’explorer chaque pouce du territoire autorisé – l’intérieur de la résidence – je m’ennuyais ferme.
Je ne regrettais pas les leçons arides de littérature classique, d’héraldique ou d’étiquette dont j’avais été assommée à la Cour, mais mes seules distractions – regarder la ville du haut du mur d’enceinte et occasionnellement martyriser Poussière – ne me suffisaient plus.
Je voyais tous ces gens aller et venir, s’affairant, bavardant, et je me sentais comme un oiseau en cage. La cage était vaste et luxueuse, mais je n’en étais pas moins prisonnière.
Au loin passaient les troupes de cavaliers, le galop des chevaux soulevant des nuages de poussière. Je me rappelais de la femme que j’avais vue à mon arrivée. Je revis son regard indifférent, et j’enviais sa liberté.

C’est probablement à cause d’elle que me vint l’idée.
 
 
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