[CR de partie] Magatama Chronicles

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Hida Koan
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[CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 08 août 2017, 15:44

Je vous mets quand même ici ce que je mets sur la page FB dédié à une de nos (Akae, Iezan, Steph et moi) campagnes.
C'est une campagne High level (que ce soit en statut ou en carac) très axée mystique.

Ouala !

Les persos :
Soshi Ayano : fils de Dame Soshi
Daidoji Takeshi : neveu de Daidoji Uji
Kuni Yuka : fille de Kuni Yori

Le contexte politique est assez particulier. 5 grands clans ont été soupçonnés de trahison (Scorpion, Grue, Crabe, Lion et Licorne) et l'Empereur a décidé d'envoyer des otages de tous ces clans au travers l'Empire (soit 20 otages - chez les Grue, il y a un otage Scorpion, un otage Crabe, un otage Lion et un otage Licorne par exemple - et pareil dans les 4 autres clans soupçonnés de traîtrise).
Cette machination apparait au moment même ou l'Empereur s'est choisi un nouveau conseiller (Shiba) sur les conseils de sa nouvelle concubine (Isawa).

D'un point de vue mystique, il semblerait que les protagonistes aient ne destiné commune, lié sûrement à une légende ancienne. On y parle de magatama(d'où le nom des chroniques)
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 08 août 2017, 15:46

I [KY01] L’arrivée sur les terres Grue

La paysanne planta le dernier pic dans le chignon approximatif de la jeune femme alors qu'apparaissait l'escouade de samurai du clan de la Grue. C'était le petit matin et ils avaient dormi ici, recueillis par les villageois locaux après leur naufrage. Les arrivants étaient une bonne vingtaine, des gardes Daidoji pour la plupart, massifs, assez grands, qui se tenaient correctement sur leurs chevaux.

Le premier, certainement leur chef, s'avança et démonta rapidement. Il était si bien élevé qu'il ne haussa même pas le sourcil de la voir là, vêtue d'un kimono qui avait pris l'eau de mer, sec mais légèrement fripé, avec une coiffure sophistiquée mais réalisée à la va-vite et qui commençait déjà à pencher dangereusement. C'était une très belle jeune femme malgré cela, pas très grande, fine, au port altier, mais au regard un peu dur. Le voyage avait été plus que pénible sur la fin, voire même carrément périlleux. Lui était beau, bien bâti, il dégageait un charme puissant, mais lui non plus ne souriait pas. Il portait une armure rutilante, une armure lourde. Il avait l'air à l'aise avec, ce qui ne la choquait pas vraiment au premier abord, cela lui faisait penser aux samurai de son clan. Mais lui était un Daidoji... Bien, ils avaient également le droit d'être doués n'est-ce pas ? Il s'avança avec aisance, il avait réellement la démarche d'un guerrier entraîné.

Derrière lui, alors qu'elle ne l'avait pas remarqué de suite, un autre samurai descendit de cheval. Il était habillé de rouge sombre, presque noir, et portait un voile qui lui couvrait tout le visage à l'exception des yeux. Elle resta interdite un instant. Que ferait Sobutsu-sensei ici ? C'est ridicule, pensa-t-elle. Pourtant il lui ressemblait tellement : grand, charmant, l'allure calme, souple. Il inclina la tête alors qu'ils s'approchaient tous les deux. Il avait les yeux bleus. C'était quasiment la seule différence qu'elle puisse réellement repérer, à cette distance, avec son ancien maître (aussi particulier ait-il été, il a mérité ce titre, comme les autres).

Le Daidoji se présenta, c'était Daidoji Takeshi, celui qui serait son chaperon et son protecteur pendant toute la durée de son séjour ici. "Séjour", voilà un mot choisi avec soin pour ne pas parler "d'otage". Pourtant c'était bien ce qu'elle était, une otage. Kuni Yuka, fille de Kuni Yori, en otage pour une durée indéterminée à Kyuden Doji.

Jamais elle ne ce serait imaginé un tel destin. Et pourtant, après les rumeurs de complot soi-disant ourdi par cinq des grands clans majeurs, l'Empereur avait pris des dispositions. Le Crabe, la Grue, le Scorpion, le Lion et la Licorne s'échangerait des enfants, des héritiers, des premiers nés autant que faire se peut, jusqu'à ce que la lumière complète soit faite sur cette affaire. Mais quelle affaire se demandait-elle depuis des semaines ? Son père n'avait eu aucune information, le Champion de clan non plus. La seule chose qu'on lui avait dit c'était de faire attention à elle. Il y avait certainement anguille sous roche et elle devait craindre pour sa vie. Enfin... Elle devait se préparer à se défendre pour ça, c'est plutôt comme cela qu'on lui avait présenté la chose. Elle avait eu beau pester, qu'irait-elle faire, elle, tsugai sagasu, à Kyuden Doji ? La décision avait été irrévocable. Et quand elle avait essayé d'en savoir plus sur ce fameux complot, elle était revenue bredouille. A ceci près que la "nouvelle" ainsi que la décision hâtive de l'Empereur de réagir de la sorte, avait coïncidé avec l'arrivée d'un nouveau conseiller impérial, un Phénix. Il avait soi-disant été introduit auprès de Hantei XXVIII via sa nouvelle concubine, une Isawa sortie de nulle part. En tous cas depuis lors, les clans du Nord n'avaient pas une réputation très reluisante chez les prétendus traîtres, surtout les Phénix...

Elle ressassa ces pensées alors que le Grue n'en finissait pas d'être poli et de se confondre en excuses pour la fin de voyage minable et dangereuse qu'elle avait eu.

" Bien, finit-elle. Merci de votre accueil. Hmmm... A propos de notre accident, vous n'y êtes pour rien, nous n'avions même pas accosté" insista-t-elle, faisant fi de l'information qu'ils étaient pourtant bel et bien sur les mers du clan de la Grue. "J'aimerais que nous puissions y aller, mais il faut tout de même que vous sachiez ce qui nous est arrivé." elle ne ménagea pas un suspens bien long, ni ne pris le temps de choisir ses mots afin d'enrober la vérité. C'est une des qualités des Kuni... "Nous avons fait un voyage agréable depuis Sunda Mizu Mura, bien que de nombreux hommes aient été victimes de mal de mer et aient fait le voyage à fond de cale. Le temps a été clément jusqu'à ce qu'une tempête se déclenche et qu'une pieuvre gigantesque fende le bateau en deux." Par l'intérieur, ajouta-t-elle mentalement. "Nous nous sommes battus vaillamment. Les Mantes également. Quand nous nous sommes échoués, la bête avait purement et simplement disparue. Je ne déplore la perte que d'un seul membre de ma garde, Hida Reiko. J'aimerais que vous fassiez mener des recherches rapidement afin de la retrouver."

"- Bien, Kuni-sama. Mais nous devons aller à Kyuden Doji au plus vite et il est peu probable que les recherches soient fructueuses.

- Quand bien même, j'aimerais qu’elles soient faites. De plus, la créature ne devrait pas non plus être difficile à retrouver. On ne perd pas comme cela une pieuvre d'une bonne dizaine de mètres."

Un samurai du clan de la Mante, interrompit quasiment la conversation. Le capitaine du navire... qui demandait déjà des dédommagements comme un marchand de tapis. Le sens des affaires affûté et la bienséance se rencontrèrent violemment. "Evidemment on allait faire quelque chose", "Même pour un bateau si gigantesque ?" insistait le capitaine en exagérant, "Arrangez-ça avec mon second", etc. etc. La discussion dura une bonne dizaine de minutes, sous les yeux amusés de Yuka et de Takeshi. Elle regarda ses hommes trier des débris avec l’aide des paysans, cherchant du regard quelque chose qui pourrait la renseigner sur ce qui s’était réellement passé. Quand elle tourna la tête, ni le Daidoji, ni le Scorpion (car elle supposait bien que cela en fût un), n'étaient encore là. Elle les vit tous les deux, un peu plus haut sur la falaise, près d'une maison, à chercher dans un champ. Soit, qu'ils fassent ce qu'ils veulent se dit-elle. Elle s'avança sur la plage au moment même où, la mine décomposée, un marin venait la chercher.

"Ma Dame, il y a un problème avec le navire." Et effectivement, maintenant que la marée avait un peu approchée l'épave et surtout que le vent avait tourné, elle sentait cette odeur. L'odeur de la créature, une odeur putride, iodée, presque vaseuse, comme des milliers de poissons morts. Et sur la partie de la carcasse qui était sur les rochers, des traces de souillures phénoménales, les planches noircies, rongées et les intuitions bien particulières à sa formation qui s'affolaient. "Brûlez le navire" souffla-t-elle. "Brûlez-tout".

Le Daidoji finit par revenir, approuva la décision et aida à la mise en place. Les paysans et les soldats charrièrent avec difficulté la moitié d’épave qui était encore à l'eau, avant que la marée ne leur joue des tours. Puis tout brûla. Yuka voulait attendre, pour être sûre. Voire même tester ses hommes afin d'être sûre qu'ils étaient toujours sains.

Les heures passèrent, on lui raconta que "la femme disparue" ne serait pas retrouvée, car elle l'avait déjà été. La jeune fille ne comprit pas. Hida Reiko avait soi-disant été retrouvée à plus d'une dizaine de kilomètres de là, en pleine forêt, et la veille qui plus est. Elle serait "tombée du ciel". C'était ridicule, stupide... Mais la créature elle-même, n'avait-elle pas disparue elle aussi ? Par magie s'était-elle dit sur l'instant, mais c'était bien gardé de le répéter aussi clairement. Alors après tout... Pourquoi pas ? Takeshi lui avait proposé de présenter ses derniers hommages à la dépouille avant la crémation. Ce serait un bon moyen de vérifier si quelque chose n'allait pas.

Le bateau brûla, en dégageant une acre fumée noire, mais il brûla. Aussi vite que du petit bois. Plus vite même, il brûla de manière si peu naturelle, que cela ne fit aucun doute à personne, villageois inclus, qu'il s'était produit quelque chose d'étrange. Le soir était bien vite arrivé. Il n'était plus possible d'aller au palais et encore moins dans cet état. Le Daidoji proposa de les faire héberger en ville, afin de se présenter à Doji Hoturi le lendemain matin. Ayano, le samurai du clan du Scorpion dont elle avait enfin appris le nom, était d'accord ; elle accepta également.

Un messager partit au devant de leur petite compagnie et ils chevauchèrent vers Kyuden Doji.
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 08 août 2017, 15:46

I [SA01] La soie dans les champs de thé

Malgré la lourdeur de cette fin d'été, les embruns marins apportaient un peu de fraicheur. Nous avions chevauché plusieurs heures et nous surplombions alors le petit village de pêcheur. Le navire que les sentinelles Daidoji nous avaient décrit était là, brisé sur le sable de la petite crique. Déjà au loin un groupe d'hommes et de femmes quittaient le village à notre rencontre. Les bushi étaient massifs, fatigués mais le regard et l'attitude vaillante. Ils encadraient une jeune femme qui prit les devant une fois plus proche de nous. Daidoji Takeshi démonta et se dirigea vers elle, accompagné de ses hommes. Je préférais rester en retrait. Ma présence était déjà relativement incongrue pour venir en plus accueillir l'otage du clan du Crabe. De plus cela me laisserait l'occasion d'avoir une meilleure vue de la scène.

Sous mon masque je ne pouvais m'empêcher un sourire. La jeune Kuni (son maquillage élaboré ne laissait planer aucun doute sur son appartenance familiale) avait malgré la situation fait un effort considérable en tentant une coiffure élaborée qui avait toutefois du mal à garder sa tenue. Elle avait sorti un kimono élégant mais l'immersion en mer avait rendu la soie rêche. Ca et là quelques fines auréoles cristallines, salines agrémentaient l'ensemble. En un sens cet accoutrement de fortune ne faisait que ressortir plus encore une beauté insoumise et impertinente… sauvage. Cette mèche de cheveux rebelle, la petite difficulté causée par un vêtement rendu peu pratique, tout ça ne donnait que plus de force à ces traits et ces courbes agréables. Mes yeux, comme ceux de Takeshi probablement se portèrent sur la poignée du long sabre qu'elle portait à la ceinture. Un katana aux dimensions similaires au notre. Indéniablement nous ne nous étions pas trompés, la Kuni était la troisième personne de nos visions.

Les discussions ne semblaient pas en finir. Après les présentations ils avaient abordé les questions relatives à l'attaque. Je me demandais déjà si quelqu'un avait pu être présent, ici-même, pour surveiller, voire orchestrer l’agression. Cela avait-il un lien avec Shizue? Elle n'avait pu être là elle-même c’était certain. Elle était à Kyuden Doji hier encore. Takeshi et Kuni Yuka se dirigeaient vers le navire pour estimer les dégâts. Encore un point très intéressant, songeais-je, sarcastique. Je profitais de la présence d'une heimin pour lui poser quelques questions sur la journée. Où eut lieu la tempête ? Donc l’attaque. Quand exactement cela s’est-il produit ? Elle était adorable, son innocence et sa crainte m’émouvaient. Je soulevais mon masque pour la gratifier d'un sourire complice et rassurant. Ca marchait à chaque fois. Plus de masque, plus de méfiance. Si seulement ! Je m'en voulais presque. Pourtant j'étais réellement sincère, je ne voulais pas l'inquiéter. Elle rosit et se confia. Un homme vêtu de noir et masqué d'acier avait été aperçu ici au moment même de la tempête. Il remontait vers Kyuden Doji. Avant ça il avait fait une halte dans les champs de thé surplombant le village. La paysanne me confia qu'une de ses amies avait récupéré un objet à l'endroit même où il avait fait halte. Mais quelque chose l'inquiétait, l'homme avait laissé une étrange marque sur son passage.

Elle partit chercher sa camarade alors je pris sur moi de me diriger seul à l'endroit qu’elle m’avait désigné. Je n’eus pas à chercher longtemps. Les feuilles d’une partie du massif de thé étaient mortes, visiblement souillées par une substance corrosive. L'odeur, les effets m’aiguillaient vers un poison de contact, sans nul doute, provenant d'un contenant plus étanche ou alors d'une simple erreur lors de l’enduit d’une lame. Je récupérais plusieurs feuilles dégradées alors que déjà Takeshi me rejoignait, intrigué par ma petite balade en solitaire. Je lui montrais la scène en lui résumant la situation.
La heimin revint sur ces entrefaits et la deuxième femme, que je n’avais pas encore vu, me remit à contrecœur ce qu’elle avait trouvé dans le champ de thé : un mouchoir. C’était une pièce féminine très élégante, d'une soie de grande qualité ; l’odeur qu’il dégageait avait des fragrances de parfum luxueux, masculin peut-être ? Ce furent pourtant les inscriptions sur le tissu qui m’interpelèrent. Je reconnaitrais cette manière de calligraphier entre mille, le mouchoir avait été réalisé par ma mère… Mais à qui était ce parfum?

Takeshi ne pu cacher son visage. J’étais persuadé qu’il avait déjà senti cette odeur et plus qu’à son tour. Ce n'était pas celui de Shizue, je m’en serais rappelé, mais alors de qui? Le jeune Daidoji demanda à conserver l’objet. J’aurais préféré le garder moi-même mais j'étais assez mal placé pour imposer quoique ce soit à mes hôtes. De toute manière s'il fallait que je le récupère ce ne serait sûrement pas trop difficile. De plus je savais que Takeshi avait une information sur le propriétaire du mouchoir, et cela, m’intéressait grandement.

Une fumée acre et poisseuse me tira de mes pensées. Sur la plage le navire avait pris feu à une vitesse incroyable. Je suggérais aux paysans de détruire le plan de thé empoisonné et par précaution les autre plans adjacents. La Kuni remontait déjà et nous étions alors prêts au départ. Il fallut attendre quelques recommandations supplémentaires concernant la souillure incroyable présente sur le navire avant d’enfin pouvoir partir. Personnellement je me demande combien des hommes de la Kuni sont souillés quand je constate les descriptions qu'ils me font de la coque du navire… Je n'ose imaginer ce qu'un homme blessé ou même touché par cette chose peut supporter.
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 08 août 2017, 15:48

II [KY02] Maison d’hôte chez Subuya

Le trajet jusqu’à la ville avait pris quelques heures. Escortés par l’escouade Daidoji et leur capitaine, le Scorpion et la Crabe avaient atteint les portes de la cité sans encombre. Yuka avait pris le temps de détailler ses compagnons de route, du haut de sa monture, le temps du voyage. Takeshi avait les yeux aussi gris qu’Ayano les avait bleus. Ils avaient tous les deux des voix agréables et des intonations sympathiques. Elle ne pouvait se sortir du crâne cette impression étrange qu’elle les connaissait. Après tout, elle les avait vus dans sa vision
[*]. Elle avait été sûre pour le Scorpion, c’est d’ailleurs cela qui l’avait perturbée... Ça et le fait qu’il ressemblait comme deux gouttes d’eau à Sobutsu. Pour Takeshi, elle avait hésité un peu, mais à le voir chevaucher comme cela, se déplacer, toucher de temps en temps son katana, elle savait que c’était de lui qu’elle avait rêvé.

D’ailleurs leurs armes l’intriguaient également, surtout celle d’Ayano. Elle avait eu du mal à détacher son regard de la tsuka ornée de pierres presque noires, il devait s’écorcher les mains chaque fois qu’il la prenait. Elle ne lui fit évidemment aucune remarque, elle savait se tenir... D’autant plus qu’elle n’était pas en reste de ce côté-ci. Le katana qu’elle avait eu il y a peu était montée sur une tsuka au galuchat noir dont le menuki était d’un étrange minéral translucide couleur de nuit, sa tsuba était en jade ciselé. Rien que cela était remarquable. Les deux hommes l’avaient très certainement noté; et ils n’avaient pas encore vu la lame : noire, presque cristalline et veinée de vert, des incrustations de jade certainement, comme elle n’en avait jamais vu auparavant. Elle cessa de rêvasser à cela lorsqu’un doux parfum lui chatouilla les narines.

Les portes de la cité furent ouvertes avant même qu’ils ne soient arrivés. Les gardes saluèrent l’escouade et s’inclinèrent poliment au passage des invités du clan. La ville était magnifique, à couper le souffle. Elle avait vu Kyuden Hida et Sunda Mizu Mura, de magnifiques endroits, aux styles marqués, mais elle avait passé le plus clair de sont temps à Shiro Kuni, pendant l’enfance, puis dans une école assez reculée pour n’avoir comme paysages que des étendues vierges de toute sophistication. Rien ne l’avait préparé à autant de splendeur. La nuit était avancée, des lampions dorés scintillaient à toutes les fenêtres, des guirlandes de lumignons colorés dansaient dans la brise de fin d’été et faisaient jouer sur les magnifiques façades des auréoles irisées. Les rues pavées de blanc s’égayaient dans toutes les directions et ils se dirigeaient vers un pont majestueux.

Les deux hommes démontèrent pour avancer à pieds, elle resta en selle pour profiter de la vue. Les odeurs de fleurs emplissaient tout l’espace sans le saturer, on n’était loin de l’odeur de poisson, de nourriture et d’encens qui agressaient les sens dans la capitale Yasuki. Des arbres aux feuilles bien vertes et aux fruits rouges se disputaient les bosquets avec des buissons aux branches alourdies de fleurs. On aurait dit un feu d’artifice tant visuel qu’odoriférant. Takeshi rompit le doux son ambiant “Nous serons hébergé non loin du palais et pourront aller présenter nos respects demain à la première heure.” Yuka ne l’écoutait pas tant elle était absorbé par l’environnement. Ayano, lui, avait, on ne sait comment, déniché un chat, sans doute cela devait-il être un animal errant, pour qu’il se laisse ainsi emporté sans craindre d’abandonner sa maisonnée. Elle n’aimait pas les chats. Elle n’avait pas d’affinité particulière avec les animaux et ceux-ci en particulier, qu’elle trouvait fourbes, à moins que ce ne soit juste une question de mauvais souvenir...

Ses yeux verts pleins de splendides images, elle passa les portes d’une magnifique demeure sans s’en rendre compte. Une fois devant la résidence, elle descendit de cheval. Les Daidoji n’était plus tous là, certains avaient du partir au kyuden. Les hommes de sa garde personnelle en revanche étaient bien présents, chargés de toutes les affaires qu’ils avaient pu récupérer après le naufrage (la quasi totalité à dire vrai). Daidoji Takeshi et Soshi Ayano avaient l’air de l’attendre sur le perron, le temps qu’elle sorte de sa rêverie. Une belle femme vint les accueillir, les salua très bas et leur offrit l’hospitalité. Elle s’appelait Subuya et ils devaient considérer sa maison comme la leur. Elle leur proposa les bains dans un premier temps puis un repas. Ses gens s’occuperaient évidemment des effets personnels de Yuka.

Ils s’éparpillèrent comme une volée de moineaux, Takeshi en terrain conquis, Ayano, son chat sous le bras et Yuka, le kimono propre mais très certainement encore plein de sel. Une domestique l’aida à se laver, démêler ses cheveux et les accrocher au sommet de son crâne en un chignon pratique. Elle était prête pour le bain. Quand elle entra dans la pièce, le Scorpion était déjà là, immergé à moitié dans l’eau, et toujours un voile sur le bas du visage à défaut d’ailleurs. Elle ne se pressa pas, elle aussi nue comme au premier jour... Se presser aurait dénoté une certaine anxiété qu’elle ne désirait vraiment pas laisser suinter. Ayano la détailla rapidement d’un œil appréciateur, elle dut certainement rougir sous son fard. Bénis soient les maquillages de la famille Kuni. Elle se laissa glisser dans l’eau chaude à une des extrémités du bain et le regarda elle aussi. Des réminiscences d’instants étranges effleurèrent la surface de sa conscience à la vue de ce corps qui lui aurait presque semblé familier, mais elle se tût.

C’était un bain à débord qui donnait sur un jardin somptueux et sur une partie de la côte. Elle ne manquerait pas le paysage pour des raisons de convenances. Tous les deux restèrent silencieux un moment avant que le bushi ne brise le silence.

“- Alors vous avez eu l’impression de déjà m’avoir rencontré Yuka-sama ?

- Oui, chez moi, vous ai-je dit. Vous êtes otage vous aussi ? Essaya-t-elle de changer de sujet.

Il se rendit compte que la situation n’avait effectivement pas été clarifiée.

- Je suis le fils de Dame Soshi, avoua-t-il, sans oublier sa question initiale. Et ? De qui suis-je donc le parfait sosie ?

- Vous n’avez pas les mêmes yeux... Mais vous ressemblez trait pour trait à un Kuni de ma connaissance. Je ne vais tout de même pas lui dire que c’est un sensei ? Un sensei bien trop jeune pour l’être d’ailleurs, et bien trop différent des autres... Mais un sensei tout de même, contre toute attente.

- Il ne me semble pas avoir de famille dans votre clan mais qui sait ? Les hasards des alliances sont impénétrables. Mais figurez-vous, il avisa le massif Takeshi qui entrait dans les bains, que moi aussi j’ai l’impression de vous connaître”, finit-il plus haut afin que le Daidoji l’entende.

Ce dernier fit un signe de tête approbateur et entra à son tour dans l’eau. Il était moins gracieux que le Scorpion, moins musculeux que les énormes Hida qu’elle avait déjà eu l’occasion de voir. Il était... Habilement positionné à l’entre-deux ? se dit-elle. Takeshi portait sur le bras droit un tatouage de la famille Daidoji et sur le gauche le mon de la famille Hida, assorti d’une petite tâche grise. Alors ainsi il avait étudié au Sunda Mizu Ryu... Il passa la main dans l’eau et s’aspergea la nuque. Elle entraperçut son dos, orné également d’un énorme et singulier tatouage noir, presque une marque. Ce qui lui rappela bien évidemment la sienne.

D’une voix grave Takeshi finit, après moult politesses toutes plus alambiquées les unes que les autres, au sujet du voyage, mais aussi de l’accident qui avait eu lieu (dégageant par tous les moyens la responsabilité de son clan d’ailleurs), de l’hébergement et du lendemain, finit tout de même par mettre les pieds dans le plat :

- Vous avez également un tatouage Yuka-sama ?

- Oui, admit-elle.

- Où donc ? Continua le Scorpion, qui n’avait rien vu lui sauter aux yeux.

- Je ne vous le montrerai pas, si c’est la question. Mais je ne l’ai pas dans le dos comme vous avez pu le voir... Elle hésita un peu. Et c’est la même forme que le votre, dit-elle à l’attention de Takeshi, mais plus petit.

Ils échangèrent un regard de “Je te l’avais bien dit” avant que le Scorpion n’enchaîne :

- Moi aussi il est plus petit, dit-il en se levant, les yeux irrévérencieux.

Il avait sur l’aine le même symbole qu’elle et le Daidoji, trois espèces de gouttes, presque entrelacées.

- Ce sont des magatamas. De très antiques symboles, portés par les tribus d’avant la Chute, ajouta-t-il en les parcourant du doigt.

- Comment les vôtres sont apparus ? demanda incongrûment Takeshi, comme si les tatouages apparaissaient par magie... Ce qui la troubla plus encore.

Elle ne répondit pas mais Ayano oui :

- On m’a fait le mien, lorsque j’étais enfant, je ne m’en souviens pas bien, mais il est certain qu’on me l’a fait en tous cas.

- J’ai eu le mien le soir de mon gempukku, précisa Takeshi, que j’ai réalisé assez jeune mais tout de même après mes dix ans. J’ai... Il hésita un peu, regarda les deux autres, certain également de pouvoir leur faire confiance, aussi bizarre que cela puisse paraître à son éducation. J’ai eu un cauchemar cette nuit là et quand la créature des rêves m’a déchiré le dos, ce symbole est réellement apparu. Je l’avais à mon réveil.

- Et vous alors ? Insista Ayano.

- Il est apparu également, éluda-t-elle. Trop simple...

- Dans quelles circonstances ? dirent-ils à l’unisson.

Elle ne répondit pas. Elle repensa à Sobutsu, son air satisfait quand il s’était rendu compte qu’elle réagissait au don des kami, le choc qu’elle avait ressenti au moment de son sort... Puis ce baiser fougueux. Et la suite, non moins passionnée, même si elle avait vécu ça comme dans les brumes d’un songe, à se demander parfois si cela était réellement arrivé. Elle avait repris ses esprits avec une marque noire au creux de la cuisse gauche, et persuadée qu’elle s’était révélée suite à cette expérience.

- Des circonstances étranges, finit-elle, le plus sincèrement du monde.

Les deux hommes la fixèrent mais ne dirent rien. Pour combler le blanc elle finit par ajouter.

- D’ailleurs je n’ai pas eu que cette marque ce jour-là, dit-elle en confiance, malgré toutes les mises en gardes de son père concernant le voyage. J’ai eu le don des kami, dit-elle simplement. Je peux dorénavant faire des choses. Choses que je ne pouvais pas réaliser avant.

Elle se rendait compte que c’était la première fois qu’elle le disait à quelqu’un. Elle avait même été effrayée de le dire à Kuni Yori. Savait-on jamais si cette incongruité ne ferait pas d’elle un sujet d’études. Mieux valait taire ce secret. Ils acquiescèrent sans donner plus de détail, ni elle non plus. Mais visiblement, ils avaient les mêmes habilités...

Une domestique les fit prévenir que le repas était servi, ce qui mit fin à la conversation. Takeshi et Ayano ne bougèrent pas d’un pouce et c’est avec un soupir intérieur que Yuka se leva, certaine que deux paires d’yeux cherchaient, inquisitrices, sur sa peau, la trace des trois magatamas.[/color]
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 08 août 2017, 15:50

III [KY03] Confidences sur l’ochuzake

On leur avait fourni à tous les trois des yukata de coton léger. Yuka avait appris que ses hommes étaient logés non loin du pavillon de thé dans l’immense jardin de la maisonnée. Ils devraient de toute façon partir demain. Elle était otage et devait l’être seule, cela avait bien été précisé. Aucune garde personnelle n’était autorisée. Elle repensa à la conversation qu’elle avait eue avec les deux jeunes hommes qui l’accompagnaient. Auraient-ils pu avoir de sombres intentions ? C’était une possibilité qu’il ne fallait pas négliger. Étaient-ils sincères ? Yuka était perspicace et avait l’esprit assez affûté... Mais pouvait-on jamais être sûre de quelqu’un ? Elle doutait d’elle-même parfois. Alors comme ça ils portaient tous à même la peau une étrange marque, un trio de ce qu’Ayano avait appelé magatama, d’antiques amulettes. Les tribus d’avant la Chute donnaient beaucoup d’importance à ces talismans. C’étaient des symboles sacrés et investis de grande puissance. Toutes ces histoires titillaient l’esprit de la jeune femme. Derrière des dehors un peu secs et sérieux (la force de l’éducation) Yuka adorait la Mystique, comme elle l’appelait. Des agréments de bonne femme, disait son père. Les rêves, les prophéties, l’omikuji, les visions, l’astrologie étaient autant de disciplines qui la fascinaient. Elle possédait même un jeu de bâtonnets, qu’elle gardait précieusement au fond de ses affaires. Elle s’en servait régulièrement pour faire de la divination. Savoir si cela était efficace ou pas, elle se le demandait souvent, mais ça ne l’empêchait pas de persévérer.

Elle longea le couloir jusqu’à une salle à manger qu’on leur avait préparé pour l’occasion. La table basse avait été positionnée devant les shoji ouverts qui donnait sur le jardin. La nuit était très douce, le vent quasiment inexistant. Il était déjà bien tard, mais il fallait bien qu’ils mangent. Ils prirent place autour d’une table carrée et on leur apporta de la nourriture. Les plats servis n’étaient pas des recettes de fête. Les mets étaient assez classiques pour une ville côtière mais tout ce qui avait été préparé était excellent, ni plus, ni moins. Elle profita d’un instant de calme tout relatif alors que ses comparses discutaient d’un mouchoir auquel ils attachaient visiblement beaucoup d’importance pour laisser son esprit vagabonder un peu.

Elle avait été attaquée lors de son voyage, elle et tout le navire, par une créature titanesque, puante, tentaculaire; une créature qu’elle avait déjà vu. Celle-ci avait disparue, comme par enchantement, ainsi qu’une membre de sa garde... soit disant retrouvée en pleine forêt avec des marques de liens sur le corps. Pour cela, elle en saurait plus demain. Ensuite il y avait ces marques de griffes sur les galets du rivage, ils avaient été coupés en deux pour certains. Était-ce la même bête ou non ? Et toute cette souillure, il en suintait par toutes les planches du navire... Et dans le même temps, l’apparition de ces deux compagnons. Chacun d’eux était tatoué, chacun d’eux avait des yeux étranges, chacun d’eux avait l’air d’avoir une lame exceptionnelle. Et sans nul doute, se dit-elle en les regardant s’aiguillonner, ils étaient tous liés.

“ Laissez-le moi pour la nuit alors” dit Ayano d’un ton insistant. Elle avait saisi qu’ils avaient trouvé ce matin, dans un champ de thé, un mouchoir. Assurément Takeshi voulait le conserver pour le rendre à son propriétaire, il n’en démordait pas. Cela lui tapait d’ailleurs assez sur le système pour prouver que l’objet devait appartenir à une personne d’importance. Il y avait eu un vol alors et sûrement dans le palais. Ayano avait parlé de filiation et laissé entendre qu’il était en droit d’étudier l’objet. La menace était à peine voilée. Le secret devait être d’assez d’importance car le Grue fit glisser sur la table une boîte ouvragée que le Scorpion rangea avec satisfaction sous la table, non sans avoir posé la main un moment à l’intérieur. Il eut l’air absent quelques secondes. La Crabe fut certaine que quelque chose de spirituel c’était passé. Elle se mordit la langue pour ne pas poser la question, nota cela dans un coin de son esprit et examina Ayano avec encore plus d’intérêt. L’air crépita encore un instant entre les deux hommes avant que Takeshi ne demande, comme pour alléger l’atmosphère :

“- Quand êtes vous nés ? A bien y regarder nous avons l’air d’avoir le même âge...

Grande question pour Yuka. Elle ne connaissait même pas sa mère, alors sa date de naissance encore moins.

- Je suis née juste avant l’été, dit-elle simplement.

- Moi au début du mois du Serpent, répondit Takeshi en regardant Ayano.

- Je suis né le troisième jour du mois du Serpent. Il y a seize ans.

Le troisième jour du troisième mois se dit-elle pensive, à déjà essayer de réfléchir à des thèmes astrologiques alambiqués.

- A la troisième heure de la nuit, crut bon d’ajouter le Scorpion, en regardant les deux autres.

- Je suis persuadé que nous sommes nés dans un même souffle. La troisième heure du troisième jour du troisième mois, finit Takeshi comme un mantra.

- C’est possible, répondit la Crabe, je ne pourrais pas vous en dire plus, je ne connais que la saison. Je n’ai jamais vu ma mère, ni n’ai aucune information à son sujet”, précisa-t-elle en repensant à toutes les fois où elle avait interrogé son père à ce propos et qu’il restait muet comme une carpe... avant de la planter là sans plus de ménagement.

Ayano prit le temps de manger quelques bouchées, en dévisageant ses vis-à-vis, l’air de taire quelque chose : une intuition, peut-être plus. Takeshi semblait suspendu à ses lèvres tout autant qu’il paraissait ennuyé. Yuka elle s’en fichait. Si révélation sur sa famille il devait y avoir, tant mieux, au moins apprendrait-elle quelque chose.

“- Je réfléchis et je vous regarde tous les deux... Vous avez des yeux particuliers vous savez ?

- Vous aussi, dit la jeune fille simplement.

- Touché, répondit-il en souriant. J’ai rarement vu de regard d’un si joli vert, continua-t-il charmeur, ni de cette très claire nuance de gris que vous avez Takeshi. Cela vient de votre père ?

- Ma mère...

- Qui était ?

- Ma mère. Une membre de la famille Doji.

- Hmmmm... N’y voyez là aucune offense, mais je crois que nous avons de la famille commune. Je pense qu’il est possible que votre mère soit une cousine de la mienne.

- Etes-vous en train de me dire que ma mère est une Soshi ? Cracha presque le Grue avant de se ressaisir pour continuer plus poliment. Ma mère est de la famille Doji, elle a épousé mon père, deux enfants sont nés de l’union, je suis le second. Ma mère s’est retirée alors que j’étais assez jeune. Puis mon père est mort. Fin de l’histoire.

Yuka voyait presque les rouages de la pensée s’activer furieusement derrière les yeux bleu azur du Scorpion. Assurément lui aussi n’avaient pas les iris d’une couleur très commune... Surtout ne venant pas du clan de la Grue lui-même. Elle était intimement convaincue qu’il essayait de faire coller des dates, des noms, des personnes; et surtout de ne pas froisser le Daidoji.

- Ce n’est pas ce que j’ai dit. Vous savez les mélanges et autres mixités arrivent très régulièrement dans les grandes familles. Je peux très bien avoir de la famille dans la famille Doji. Même s’il est peu probable que des Doji aient accepté de se marier avec des Soshi, ajouta-t-il mentalement. Il est donc possible que nos mères soient liées, d’une façon ou d’une autre. Vous avouerez que tout ce qui nous arrive est étrange, essayons de voir un peu plus loin que le bout de notre propre nez. Pour vous Yuka-san j’ai peut-être moins de doute encore.

Sûrement car vous voyez que ça ne me froisse aucunement, s’amusa la jeune femme intérieurement.

- L’autre cousine de ma mère a exactement vos yeux, je pourrais y mettre ma main à couper.

- C’est possible. Beaucoup de Soshi viennent étudier chez nous. Il arrive fréquemment à mon père de travailler avec eux. Cela explique peut-être pourquoi il ne m’a rien dit. Enfin, il n’y a rien de spécialement grave à cela. J’ai vécu sans mère et cela ne m’a pas posé de souci. Qu’il m’en apparaisse une, même masquée, ne devrait pas réellement interférer avec ma vie. Et donc comment s’appellerait-elle ?”

Yuka était plus troublée qu’il n’y paraissait. A dire vrai, elle n’avait jamais songé que sa mère pouvait être issu d’un autre clan. Ça ne la dérangeait pas plus que cela mais ça la surprenait un peu. Elle avait pensé que sa mère pourrait bien être n’importe qui chez eux, mais ailleurs... Tous ceux qui connaissaient son père imaginaient qu’il était laid comme un pou et très peu amène, elle, l’avait vu sans ses maquillages. Habillé normalement et le visage clair, Kuni Yori était très bel homme. Ainsi accoutré, personne ne le reconnaissait, il aurait pu alors engrosser un nombre assez conséquent de femmes sans même qu’elles supputent un instant qu’elles avaient affaire au puissant, redouté, monstrueux et malaimable Kuni Yori... Elle sourit en pensant à cela. Il allait falloir qu’elle en parle à son père, ce serait une petite victoire si Ayano avait vu juste.

“- Elle s’appelle Nakao’o, lui répondit gentiment le bushi. Ma mère se nomme Hatsuo’o.

- La mienne Sasao’o, bougonna Takeshi, avant d’ouvrir la bouche comme pour poser une question avide, et de la refermer aussi sec.”

On apporta le thé et le saké à ce moment très opportun. Les jeunes samurai burent leur première tasse en silence afin de digérer les hypothèses qu’ils avaient émis ensemble.

“ Tant que nous sommes sur les confidences, lança Yuka pour une des premières fois dans leurs conversations, je pense que nous pouvons si ce n’est être sûrs, au moins parier sur un lien entre nous. Je vous ai vu, vous avez eu une vision toute à l’heure, dit-elle catégorique. Accepteriez-vous ?” demanda-t-elle en tendant les mains vers les deux hommes.

Ayano resta interdit plusieurs secondes. Il avait l’attitude de quelqu’un qui l’aurait troussée sans ménagement au détour d’une ruelle si elle avait seulement fait mine d’être intéressée, mais là il rechignait à lui saisir la main. L’étiquette était quelque fois vraiment farfelue. Contre toute attente, Takeshi réagit le premier, mit sa paume dans la sienne et tendit son autre main au Scorpion. Ce dernier se résolut à fermer le cercle. Il comprima leurs mains assez fort et bascula la tête en arrière, sans le vouloir aurait-on dit. Il serra la mâchoire, ayant l’air de souffrir un peu. Il resta ainsi plusieurs secondes. Quand il reprit ses esprits il commença à parler sans relâcher leurs doigts.

- J’ai vu la Cité, dit-il à l’attention du Grue, mais je suis entré. J’ai vu un Dieu forger une épée d’une simple chiquenaude du doigt. Il était gigantesque, la lame paraissait comme un cure-dent dans ses mains et elle était singulière, insista-t-il sur le dernier mot.

- Ma lame est noire, lâcha Yuka, en éludant pas mal de détails.

- J’ai aussi une arme assez particulière, ajouta prudemment le Daidoji, elle était à mon père Daidoji Tekigun et à mon grand père avant lui.

- Ainsi ce n’est pas Uji qui a la lame ancestrale de votre famille ? S’étonna Ayano. Soit. Mon katana également n’est pas comme tous les autres, finit-il énigmatique.

- Alors nous sommes liés tous les trois, par le sang sûrement, et plus encore il semblerait. Nous avons chacun le même tatouage, avons des lames forgées par des Dieux, ponctua-t-elle avec un petit accent sarcastique, et nous pouvons parler aux kami alors même que nous n’y avons jamais été formés ? Il va nous falloir un peu plus de saké je crois.”

Takeshi prit sa remarque au pied de la lettre et leva la main, on leur apporta un saké doux, fruité, presque pétillant. Il était peu courant, léger mais très appréciable.

“- Vous avez parlé d’une Cité, dîtes m’en plus, demanda Yuka l’œil brillant.

- Nous avons tout deux vu en rêve une Cité gigantesque, juchée sur de hauts pics montagneux. Takeshi et moi étions dans la plaine.

- J’ai eu une vision également. Similaire. Vous battiez-vous ? demanda-t-elle en se rappelant son cauchemar.

- Oui, dit le Grue, nous étions visiblement en plein milieu d’un duel. Et nous vous y avons vu. Nous en sommes quasiment sûrs maintenant.

- Et c’est tout ? Insista-t-elle.

Ils la regardèrent les yeux interrogateurs.

- Dans mon cauchemar, je vous ai vu vous battre, sans qu’il n’y ait spécialement de vainqueurs. Jusqu’à ce que la terre se déchire et qu’une créature gigantesque n’en émerge, une pieuvre monstrueuse au bec plein de dents effilées et aux tentacules épineuses. Elle a murmuré des malédictions et vous vous êtes entretués. De vos entrailles se sont déversés des flots et des flots de sang, bien plus que vos corps ne pourraient en contenir et l’inondation a commencé. J’ai fui le plus vite que je pouvais, avant d’être rattraper par la marée sanglante et j’ai péri noyée.”

Elle raconta cela comme on raconte une recette de cuisine. Elle avait assez ressassé cette vision dans sa tête et assez vu de choses affreuses pour raconter cela avec précision et peu d’émotion... Même si régulièrement quand elle y repensait, ça lui faisait froid dans le dos.

Ils écarquillèrent des yeux tout ronds.

“- Nous n’avons pas vécu cette fin, dit prudemment Ayano.

- Désolée de vous l’apprendre alors.

- J’ai moi-même eu d’autres rêves, concernant des créatures, des monstres, une petite fille aussi qui...

- Qui le suit ou alors est intéressé par lui, pressa Ayano.

- Elle a l’air habitée, ou possédée, en tous cas rien n’est très joyeux. Il semble qu’il soit possible que peut-être nous l’ayons retrouvé il y a peu, finit-il hésitant.

- C’est Doji Shizue, trancha l’autre jeune homme sans ménagement, elle a eu de petits désagréments au château, elle a offert aux invités un ensemble de toiles calligraphiées, extrêmement jolies, mais aussi très certainement souillées. Il en pullule dans tout le Kyuden.

- Il semblerait, soupira Takeshi, mais ce ne sont que des visions. Elle est partie de toutes façons, nous ne pouvons plus l’interroger plus avant.

La mâchoire de Yuka n’en finissait pas de tomber. On accusait souvent son clan de pragmatisme comme si c’était un vilain défaut. Il fallait croire que c’était vrai. Ne cherchez point de pragmatisme dans les terres de l’Empire d’Emeraude. Il a coulé vers le Sud comme de l’eau sur une pente. Qui n’est pas Crabe ne sait même plus ce que c’est et considère cela comme une légende...

- Où est-elle ? Et quel rapport ? Je n’ai jamais vu de petite fille dans l’affaire de cette étrange cité qui nous concerne ?

- C’est lors de cette vision que j’ai eu mon tatouage, dit le Grue

- Elle est à Kyuden Bayushi, répondit en même temps Ayano, avec le fils de votre Champion.”

Yuka leva le bras et fit appeler une domestique. “Faites quérir le capitaine de ma Garde, qu’il m’attende dans ma suite. Devant ma suite” finit-elle rougissante sous son fard. “Bien Ma Dame”.

“- Je vous demanderais de ne parler de cela à personne, ajouta Takeshi à son attention, n’ayant pas spécialement entendu ce qu’avait dit Yuka, mais se doutant bien des tenants et aboutissants de ses réflexions.

- Je ne dirais rien, répondit-elle entre ses dents. Compte là-dessus et bois de l’eau. Je pense que je vais maintenant vous laisser. La nuit est plus qu’avancée et je dois être présentée demain à Doji Hoturi, j’aimerais qu’il puisse discerner des yeux à l’intérieur de mes cernes...

- Evidemment ma cousine, sourit le Scorpion, je vous souhaite la bonne nuit.”

Elle se leva rapidement et retrouva le taisa de son escouade. “Je ne t’écrirais rien, prends une poignée de tes hommes et file vers Kyuden Bayushi. Yakamo-sama a du être avertit que sa vie était en danger, mais je sais qu’un maho tsukai est en route pour le château. Dis lui de se méfier veux-tu? Dis lui que le message vient de moi, et que je sais ce que je dis.” Elle pensait à Yakamo, il était sans doute un des otages en cours, les plus aptes à se défendre contre une menace telle que celle-ci mais elle préférait s’en assurer. “Pars aux premières lueurs de l’aube, n’écoute pas ce que te dises les Grues. Les autres rentreront en bateau si un bateau leur est fourni, mais vous, vous partez à pieds, quelque soit leur avis.” Le capitaine partit au pas de course, ses instructions reçues. A la dernière seconde, elle le rattrapa en tendant le bras “Et dis lui de se méfier de Doji Shizue.” Elle voyait déjà le gigantesque bushi se gausser de son avertissement. “Insiste, débrouille-toi, fais lui comprendre que c’est important.” La mine du taisa se décomposa littéralement. Il partit, les épaules alourdies du poids de sa mission.

Elle alla frapper chez Ayano. “C’est moi. Yuka.” Une voix surprise et amusée lui répondit “Chère cousine” dit-il en faisant glisser le shoji. Elle ne tergiversa pas :

“- Pourrais-je avoir un sauf-conduit pour une poignée d’hommes devant se rendre à Kyuden Bayushi ?

- Normalement le mandat impérial concernant l’escorte des otages et donc le retour des gardes sur les terres d’origine ne devrait pas poser problème.

- Je sais bien... Mais sait-on jamais ?

- De toute manière, je vous le fais. Evidemment. Je suis le karo de ma mère, je devrais pouvoir faire ça.

Il se retourna, prit un parchemin et sur un écritoire tout proche rédigea le document. Cela ne prit pas plus de cinq minutes. “Voici” dit-il en lui tendant l’objet, “c’est un plaisir de vous rendre service. J’ai... J’aurais aussi pris des dispositions, tout comme vous.”dit-il énigmatique. “Dormez bien Yuka-san, que la nuit vous porte de doux rêves.”
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 10 août 2017, 09:54

IV [KY04] Bienvenue à la Cour

Au matin les gardes Hida qui avaient accompagnés Yuka durent partir, non sans avoir été contrôlés par cette dernière. Aussi étrange que cela lui parut, ils n’étaient porteurs d’aucune trace de souillure. Soit. Tant mieux, s’était-elle dit. Elle se dit qu’il faudrait bien qu’elle réfléchisse à ce sujet... quand elle aurait le temps. Subuya avait fait préparer son plus beau kimono ainsi qu’une partie de ses affaires. Le reste parviendrait au Kyuden dans la journée lui avait-elle assuré. Ils s’étaient retrouvés dans la cour au matin. Takeshi portait son armure, parfaitement propre, ajustée avec soin. Ayano portait un kimono rouge sombre, orné de motifs noirs très discrets; sur son visage, toujours un masque. Yuka avait choisi un maquillage simple et à part le fard blanc qu’elle ne quittait jamais, il n’y avait que très peu de motif sur son visage. De toute façon, seul un Kuni saurait ce qu’elle avait voulu faire. Pour les autres, sachant pourtant que ces peintures avaient une signification, ce serait simplement un ornement particulier. Et elle était restée dans les limites les plus parfaites de l’étiquette. Son visage appelait à la quiétude et la paix. Qui savait ce qu’elle trouverait là-bas après les quelques bribes d’informations qu’avaient laissé échapper ses deux comparses ?

Ils firent le trajet jusqu’au palais dans le silence. Après les émotions de la veille Yuka bénit le calme et les quelques minutes sans révélation cosmique, ou quasi. Elle regarda Takeshi et Ayano, silencieux. La nuit est un sanctuaire, elle porte à l’intimité. Sous la lumière d’Amaterasu ils reprenaient tous trois un comportement plus décent. Les portes du kyuden étaient grandes ouvertes. La délégation monta la légère pente qui précédait l’enceinte et découvrit les jardins. Des membres de la famille Daidoji émaillaient le parcours dans leurs armures rutilantes, immobiles dans le soleil du matin. Une chape de tranquillité recouvrait le lieu, bien que ça et là quelques courtisans observaient leur arrivée. Le couple seigneurial les attendait, ou plutôt Yuka, vu qu’Ayano avait déjà été présenté officiellement.

Doji Hoturi et sa femme, Ameiko, s’avancèrent de deux pas et s’inclinèrent. Ils étaient magnifiques tous les deux, leurs visages étaient pure beauté. Leurs longs cheveux blancs sublimaient leurs traits et leurs yeux illuminaient une expression déjà très avenante.

“ - Bienvenue à Kyuden Doji, Kuni Yuka, fille de Kuni Yori. Nous sommes honorés de vous recevoir. Puissent les Fortunes rendre votre séjour agréable.

Elle se sentait en confiance, la politesse parfaite avec laquelle ils l’accueillaient avait l’air de réelle affection. Quelle maîtrise parfaite des convenances se dit-elle.

- C’est moi qui vous remercie, répondit-elle en s’inclinant très bas, je suis ravie d’être parmi vous.”

Les présentations formelles durèrent un petit temps. Ayano et Takeshi restèrent en retrait. Visiblement le jeune samurai du clan du Scorpion intéressait beaucoup le daimyo. Pour Takeshi c’était l’inverse, il avait l’air de brûler, lui, du besoin de faire son rapport. Ameiko pour sa part était parfaite. Seuls des yeux aguerris à les observer auraient pu déceler entre les deux époux une tension non-négligeable. Pour Yuka, il n’y avait rien à signaler. On la mena jusque ses appartements. Ils étaient en tous points conformes à ce qu’on devait fournir à quelqu’un de son rang, à l’étage, donnant sur les jardins. Les décorations étaient magnifiques, bien qu’un des murs soit étrangement nu. Elle prit le temps de se reposer un instant et de faire le point. Elle se serait finalement peut-être bien vue rester ici sa vie entière, pensa-t-elle coupable. Pour y faire quoi ? ajouta-t-elle cependant. Elle n’était pas d’ici, elle le ressentait bien. Pourtant, autant profiter de l’endroit. En restant sur tes gardes, entendit-elle résonner la voix de son père. Evidemment...

De son côté, Takeshi faisait son rapport à Doji Hoturi concernant l’arrivée de Yuka, les soupçons qu’il avait, ainsi que cette histoire de mouchoir. Ayano lui avait prit le temps de se changer une nouvelle fois et de demander audience au daimyo. Il voulait absolument le voir.


[*]Je laisse ici un flou sur ce qui se passe pour les deux autres personnages. Je mettrais peut-être des infos en commentaires, mais pas dans le texte d’origine. Je leur laisse le soin de le faire.[*]

Yuka, remise de ses émotions, se lança à l’assaut de la Cour. Elle alla présenter ses respects à l’Ambassadeur du clan du Crabe, Hida Saru, un grand bushi couturé de cicatrices, qui avait l’air efficace dans son travail, mais désireux d’être ailleurs. Il la salua avec chaleur, ainsi que son yojimbo Hida Gonabe, un bushi également d’âge mûr, visiblement aguerri. Pour le reste, elle observa simplement, elle ne se sentait pas réellement d’attaque... D’autant qu’elle avait quelque chose à faire en ville. Elle attendait donc le Daidoji. Il y avait énormément d’Impériaux et de Grue évidemment. Elle apprit que pour le moment l’otage du clan de la Licorne et celui du Lion n’étaient pas encore arrivés. Des rumeurs sur la mort d’Akodo Arasou, tué par Daidoji Uji, parvenait jusqu’au kyuden. Pour le moment rien d’officiel mais ceci expliquait peut-être cela... Le clan du Lion devait être sur les dents et peu motivé à envoyer un héritier à Kyuden Doji. Malgré tout c’était un ordre de l’Empereur, ils le feraient certainement. Restait à savoir quel sort serait réservé à l’otage. Pour la Licorne, personne ne savait rien...

“ - Je vous attendais, nous avons quelque chose à faire vous rappelez-vous ?

- Evidemment. Il hésita un peu. Mon Seigneur m’a également chargé d’une mission d’importance.

- Vous me voyez malgré tout dans l’obligation d’insister... A moins que je ne sois autorisé à quitter le kyuden seule ?

- ... Bien... Nous y allons alors, finit-il coincé.”

Yuka abandonna avec soulagement les autres convives et alla se changer pour passer des vêtements plus pratique. Ayano n’était pas là, mais rien ne leur disait qu’ils devaient rester ensemble après tout. Deux chevaux furent préparés et ils s’engagèrent en ville, pour la traverser complètement et se rendre au quartier des eta. Ils passèrent les portes du crématorium, Takeshi lui avait répété les circonstances dans lesquelles le corps de Hida Reiko avait été retrouvé : la forêt, la chute, les marques de lien... Puis elle vit le corps.

Elle s’approcha, regardant chaque détail. “Ce n’est pas des marques de liens” dit-elle en remontant ses manches et en saisissant un tablier. Elle prit un outil affûté sous le regard dégoûté du Daidoji. Elle commença à écarter la peau, là où elle voyait des marques et commença à faire un rapport. Sa voix mélodieuse, très agréable, chantante presque, déblatérait des horreurs au sujet de sorcière des marais, d’infiltration de la garde depuis peut-être des semaines, de détails techniques sur la manière de porter une peau humaine comme on porterait un vêtement. Takeshi tourna la tête et fixa le mur tout le long du processus. Chacun ses spécialités...
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 11 août 2017, 07:12

V [KY05] Un surprenant banquet

Takeshi et Yuka rentrèrent du quartier des eta par la petite porte. Ils allèrent chacun se nettoyer et se purifier. Sur le chemin pour se faire ils croisèrent un membre du clan du Scorpion qui leur sauta dessus comme la pauvreté sur le monde. Il était grand, élancé, joli garçon et maniéré. “Shosuro Enki, célèbre dramaturge” se présenta-t-il avant de vanter les mérites de ses pièces, notamment la première, qu’il avait remanié pendant des mois, qu’il comptait présenter ici, devant cette auguste assemblée, qu’elle n’en était, depuis les reprises, que meilleure, qu’ils ne faudrait pas qu’ils ratent cela, quelle ne faisait plus maintenant que quatre heures, mais ces heures représentaient avec force la substantifique moelle de tout son talent, la présentation d’un concentré de génie en provenance direct du clan du Scorpion... Au début la jeune femme était très intéressée... bien qu’elle eut surtout voulu aller se débarbouiller, elle avait une âme d’artiste (qui s’exprimait dans la sphère privée la plupart du temps...). Mais le débit de paroles ne tarissant pas, Yuka s’esquiva tant bien que mal, assurant au fat dramaturge qu’évidemment elle ne pourrait rater une telle occasion de s’esbaudir mais que pour le moment elle avait autre chose à faire. Takeshi, quant à lui, trouva de meilleur goût de mettre à le nez de l’importun dans ces propres contradictions, Enki était jeune dans le métier, avait-il testé les résultats de sa pièce avant de la présenter ici, dans le plus grand joyau de l’empire ? Cela n’eut pas d’effet sur l’égo du Shosuro, qui devait sûrement s’étendre bien au-delà des limites du château, mais malgré tout, Takeshi réussi à lui fausser compagnie.

Une fois purifiée, Yuka allait s’habiller pour la soirée quand on lui signala par un serviteur que le repas du soir serait le premier repas officiel de cette cour : les deux autres otages étaient arrivés dans la journée. Bien... Elle demanda de l’aide. Elle choisit elle-même un kimono somptueux (elle était certes Crabe mais tout de même fille de daimyo) aux multiples couches blanches, bleues nuit et bleues azur, que trois jeunes demoiselles ajustèrent sur ses courbes de manière parfaite. Elle fit coiffer sa chevelure en une structure assez compliquée mais loin de tout ce que l’on pouvait faire ici, avec plus de mèches lâches et en évitant bien l’amas tout rond de cheveux qui donnait l’air de porter un oreiller de bois sur le crâne (selon elle). Elle choisit de mettre quelques piques emperlées dans sa masse de cheveux noirs et de porter un grand collier d’acier et de jade : des bijoux, oui, mais que l’on n’oublie pas qu’elle ne venait pas d’ici. Pour finir elle réalisa elle-même et seule dans sa chambre, son maquillage. Une fois encore, elle n’insista pas sur les couleurs foncées. Sur le fard blanc ne se dégageaient que de fines lignes, noires et bleues marine.

Elle prit une grande inspiration et s’en alla dans les couloirs à la recherche de la salle du banquet. Quand elle passa la porte elle fut impressionnée, il y avait la une bonne centaine de personnes alors qu’elle s’attendait à un peu moins malgré tout. Elle chercha des yeux l’ambassadeur du clan du Crabe pour aller le saluer rapidement. Il était avec son yojimbo ainsi que deux autres hommes, ils avaient l’ennui tatoué sur le visage. Elle espérait être un peu plus avenante, elle était très jolie, elle le savait, mais elle n’était pas persuadée d’avoir l’air aimable... Avant même qu’elle n’ait pu fendre la foule pour trouver ses pairs, Takeshi se plaça devant elle et s’inclina brièvement. “ Vous êtes ravissante Yuka-san.” Lui aussi l’était, c’était un très bel homme, ou bien non ? En tous cas il émanait de lui quelque chose de très agréable et peut-être que même sans cette histoire de destinée elle aurait eu envie de lui faire confiance. Elle lui sourit en retour et il tendit un bras vers une des tables de la salle. “Tous les otages siègent avec les membres du clan de la Grue, juste là.” Elle remarqua Ayano déjà assis, il était pour sa part une parfaite gravure de mode. Le cliché des samurai du clan du Scorpion mais encore plus altier, et avec les yeux bleus...

Ils s’assirent tous les trois et Takeshi, sympathique, entreprit de leur faire la liste des invités par le menu.
[*] Au début les deux otages furent d’attentifs élèves. Ils regardèrent discrètement chaque personne nommée par Takeshi. Entra ensuite dans la salle le couple seigneurial. Hoturi commença à souhaiter la bienvenue à tous. Cela n’arrêta pas leur compagnon Daidoji qui continua d’égrener la liste des convives avec application. Ayano et Yuka perdirent un peu le fil, puis se regardèrent, tiquèrent sur quelques noms aux consonances franchement amusantes, se regardèrent encore, Takeshi buta sur un nom ou deux rendant la chose encore plus cocasse, Ayano déplia son éventail, Yuka devint rouge pivoine sous son fard. Takeshi en était à lister la délégation du clan de la Licorne “Il y a deux Shinjo dans l’otage”. Yuka manqua de s’étouffer, sortit à la va-vite son éventail également. Ayano les muscles du visage tendus en rictus de rire douloureux, fit un effort de volonté extraordinaire pour ne pas pouffer. Il remarqua une larme dans l’œil de Yuka, qu’elle essuya bien vite sans même abîmer son maquillage. “Il y a deux Shinjo DONT l’otage...” prit soin d’ajouter Takeshi “DONT” précisa-t-il alors que les deux autres se disaient que décidément la position d’otage n’était pas vraiment ce à quoi ils s’attendaient s’il fallait absolument en découdre avec deux grands Shinjo baraqués... “C’est Shinjo Li-Han, l’otage du clan de la Licorne.” La Crabe fit un petit signe de la main au Daidoji, Arrête, voulait-elle dire, attend un instant. Compréhensif malgré tout, il attendit un peu pour continuer. Hoturi et Ameiko continuaient de faire des politesses aux invités. Takeshi reprit sa liste, alors qu’Ayano et Yuka reprenaient leur sérieux. Quand il finit, il n’y avait plus aucun bruit dans la salle. Hoturi avait finit de parler (ou peut-être s’était-il arrêté?). En tous cas, tout le monde fixait la double porte d’entrée de la salle de banquet. Les trois jeunes personnes avaient tout manqué de ce qui venait de se produire. Hoturi, lui se leva, le visage étrangement concerné.

Une femme à l’allure parfaite, portant un masque d’acier ouvragé, venait de passer la porte. Son kimono glissait au sol comme une traîne de sang écarlate. La coupe lui dessinait la taille et les hanches comme peu de kimono de cour le faisait et la soie qu’elle portait sur la poitrine jouait d’assez de transparence pour être suggestif. “Dame Soshi” se contenta de dire Hoturi en s’inclinant très bas, trop bas peut-être. Les yeux d’Ameiko lançait des éclairs, alors que ceux d’Ayano marquait tout de même une légère surprise. Des murmures parcoururent l’assemblée. Déjà, dans la délégation du clan du Scorpion, les places à table se réorganisaient afin de laisser Dame Soshi s’asseoir là où son statut le lui imposait. Elle prit place avec grâce et lenteur, puis la soirée repris son cours... Non sans avoir été complètement perturbée par l’arrivée de cette invitée de marque qui ne devait pas être là. Qui plus est son fils est otage ! Jacassait-on. Vient-elle vérifier d’elle-même qu’il est bien traité ? Ce serait une offense au clan de la Grue ! Et regardez donc Ameiko-sama ! Quel culot tout de même, de la part d’une daimyo en plus ! Les conversations allaient bon train. Certains chuchotis étaient plus empressés que les autres, ou plus énervés.

Les serviteurs apportèrent les mets et le repas débuta pour de bon. A leurs côtés à table, des samurai du clan de la Grue mais également Shinjo Li-Han, le deuxième fils de Shinjo Yokatsu ainsi que Matsu Benko, la sœur de Matsu Tsuko. Cette dernière n’ouvrait pas la bouche et regardait son assiette, la mort dans l’âme. Le Licorne en revanche était sympathique... Mais n’avait pas l’air d’être le couteau le plus affûté du tiroir. Il posa des questions qu’on pourrait qualifier d’un peu ridicules. Yuka préférait lui laisser le bénéfice du doute et pensait naïveté plutôt que stupidité. Tout en faisant la conversation, chacun regardait ça et là, afin de repérer quelque chose de suspect. Pour le moment rien ne se passait. Takeshi eut le temps de glisser à ses deux amis que Hoturi avait expressément demander qu’il retrouve le serviteur qui avait dérobé le mouchoir et de trouver dans quel but cela avait été fait c’était une enquête primordiale. Yuka se rappela les considérations qu’elle avait eues la veille à propos du pragmatisme... Effectivement, traiter d’un vol de mouchoir revêtait un caractère d’urgence bien plus important que de savoir comment une sorcière des marais avait infiltré sa garde ou comment Doji Shizue se retrouvait soupçonnée d’être une maho-tsukai et avait offert aux gens du kyuden des toiles complètement souillées... Evidemment. D’ailleurs l’Asahina qui devait faire un compte-rendu là-dessus devrait être visité sous peu. S’il s’était mis à vivre entouré de toiles néfastes, une bonne trentaine à ce qu’elle savait, là où les effets se faisaient sentir quand il n’y en avait déjà qu’une, le shugenja ne devait pas être loin de l’hystérie ou du suicide. Yuka se dit qu’il faudrait réellement qu’elle aille le voir le lendemain.

La Crabe, scrutant les invités finit par remarquer un comportement étrange dans la délégation Lion : un vieil homme, un Kitsu, était en proie à une vision, elle était sûre de cela. Il regardait fixement la délégation du clan du Scorpion quand ses yeux se révulsèrent. La jeune femme s’angoissa, mais à peine eut-elle le temps de songer à le dire à ses camarades, que le vieillard avait retrouvé ses esprits. Elle et Takeshi remarquèrent également un attitude singulière à la table des représentants Otomo. L’un d’eux, en grande discussion avec un bushi Kakita, profita d’un instant inattention de celui-ci pour verser quelque chose dans sa coupe. Le Daidoji se leva comme un seul homme, la Kuni sur les talons, non sans avoir informé le Soshi que quelque chose n’allait pas. Takeshi et Yuka arrachèrent le Kakita de la fâcheuse situation dans laquelle il était. Il semblait d’ailleurs avoir complètement mis le doigt dessus car il accueilli son confrère de clan avec un soulagement tangible. Il prit congé et Takeshi eut à peine le temps de l’emmener dans une des alcôves attenantes avant que le pauvre duelliste s’effondrait à genoux. Brisant toute convenance, Yuka ouvrit le rideau et s’engouffra avec eux, sous le regard embêté de Takeshi. Le jeune samurai, sentant son évanouissement proche déblatéra tout ce qu’il pouvait. “Il va se passer quelque chose avec le clan du Scorpion. Ils veulent, les Otomo, que quelque chose se passe et qu’un Scorpion en soit accusé. Ils trament quelque chose.” Yuka fit demander du saké fort, un saké qu’elle savait bon pour tenir un peu le choc. “Ils font quelque chose...” finit le Kakita avant de s’effondrer contre une colonne. Ils regardèrent tous deux que les jours du jeune samurai ne soient pas en danger, puis sur les ordres de Takeshi, deux domestiques vinrent le raccompagner jusque ses appartements.

Les deux cousins (car s’il fallait en croire le Soshi, tout trois étaient cousins...) retournèrent dans la pièce principale, Ayano n’était plus là. Ils parcoururent la pièce du regard. Takeshi choisi d’aller prévenir Dame Soshi et Yuka se dirigea vers le samurai Kitsu, après tout, lui aussi avait vu quelque chose. Elle parla quelques instants avec le vieillard, il paraissait complètement décontenancé. Il lui parlait et certaines fois il parlait derrière elle, à côté, par dessus son épaule... Souvent par dessus son épaule, avec un regard étrange. Il lui dit qu’elle était protégée, par une entité qui n’avait pas l’habitude de protéger, qu’elle était extrêmement sombre et puissante, particulière, comme il en avait rarement vu. Ne vous en êtes jamais vous-même aperçu ? Elle en perdit le fil de ses questions. Elle ne s’attendait pas à une révélation comme cela. Elle vous a déjà sauvé, savez-vous ? Vous devriez aller voir un Toritaka, cela dépasse mais compétences... Mais est-ce réellement si mauvais ? Finit-il en plissant les yeux. Elle déglutit avec difficulté, usant de toute sa volonté pour ne pas hurler et se retourner. Les Scorpions, se remit-elle en tête, un attenta peut-être ? Le Kitsu ne put rien lui dire à ce sujet. Il parla seulement, énigmatique, de quelque chose de naturel qui avait été forcé, construit même, mais pas pour être utilisé dans son but originel. Yuka était fascinée, elle était persuadé que ça n’avait rien à voir avec la Cour, qu’il parlait d’eux, des magatamas, de leur lien étrange... Elle allait ouvrir la bouche quand Ayano lui saisit le bras avec force.

Il était revenu, on ne voyait plus ni Takeshi, ni Dame Soshi, ni Hoturi; mais Ayano lui avait l’air extrêmement agité.


[*] : Cf. “V [HRP] Les invités à Kyuden Doji”[/color]
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Re: [CR de partie] Magatama Chronicles

Message par Hida Koan » 11 août 2017, 10:01

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