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Aki ou l’essai d’un paysan.

Aki

Doucement Amatératsu descendait derrière les bois de Taka et inondait de lumière les rizières du village de Shinozu. Aki embrasa du regard la vue qui s’offrait à lui puis fit un mouvement de hanche afin de caler le lourd fagot de bois qui lui brisait les reins.

Tout en descendant le long du sentier il songea à sa journée de demain, il lui faudrait réparer son toit, les pluies n’allaient pas tarder à venir. Il aurait certainement besoin de l’aide d’Ippei si il voulait terminer au plus vite avant les premières neiges. La fin du mois du coq était encore clément mais les mois passent vite se disait Aki et l’hivers est très long dans une maison au toit percé.

Tout d’un coup il se figea regardant fixement la petite piste qui menait au village. Un groupe de cavaliers habillés de bleus approchaient.

-«Doji Masato sama, vous êtes en avance cette année, je viens juste de rentrer ma récolte et déjà nous recevons votre visite. » marmonnai Aki tandis qu’il dévalait le plus vite possible le sentier. Il arriverait sans doute avant eux mais il devait prendre certaine disposition avant que l’envoyé de leur vénéré seigneur arrive.

Il déboucha sur la petite place du village où comme d’habitude les vénérables Hogai et Sotaro se tenaient à cette heure, commentant les nouvelles du village tout en buvant un thé. En voyant Aki déboulé Sotaro leva un des sourcil brousailleux :

« -Que se passe t’il Aki ? Tu as vu le démon des forêts ou la dame des rivières ?
-Doji Masato Sama arrive !!!
-Déjà !!! Finissons notre thé et emporte le chez toi Hogai, il serait capable de nous le boire. Ensuite nous allons attendre l’envoyé de notre seigneur ici. Où allons nous le loger Aki ?
-Chez Kingo, c’est son tour cette année. »

Sans plus attendre Aki se dirigea vers sa maison et entra en trombe sans que sa femme Sui puisse lui adresser le moindre reproche.

«Aki, ça va ?? » lui demanda t’elle d’une voix sourde.
« Doji Masato arrive Sui, range le bois s’il te plait. Où est Emiko ?? »

Sui percevait au timbre de son mari une angoisse familière, il l’avait ramené avec lui de cette guerre où il était parti voila bien des années. Elle surmonta sa fébrilité et lui répondit :

« -Elle sur la colline avec Yuri et Tara je crois. Elles ont partis chercher des herbes pour le repas.
-Des herbes….. Va la chercher et tu renverras ses amies chez elles, Doji Masato raffole de nos filles et elles raffolent des samouraïs. Seulement les samouraïs eux s’amusent mais nos filles tombent amoureuses. Va la chercher s’il te plait. »

Sui avait fini de ranger le lourd fagot et regarda son mari tout en hochant la tête. Aki était si prévenant depuis la guerre, il avait dû apprendre ou voir quelque chose qu’il ne voulait pas lui dire, à elle sa femme.

Doji Masato voyait le village maintenant, les villageois allaient et venaient tranquillement mais il savait que son arrivée était déjà connue.

« -Doji Masato sama, allons nous rester longtemps dans ce village miteux ?

Masato se tourna vers le jeune Kakita Yukio, il était resplendissant dans son kimono. Ses longs cheveux mis en chignon laissait échapper quelques fines mèches encadrant son visage aquilin. Il allait être certainement populaire auprès des jeunes filles du village mais sa fierté lui empêcherait d’en récolter les fruits cachés. Il lui répondit d’une voix tranquille :

« -Le temps nécessaire afin de lever l’impôt Kakita Yukio san. Juste le temps nécessaire. »

Masato

Ils traversaient les rizières s’étendant autour de Shinzo, à leur passage les heimins encore au travail arrêtaient leur travail et inclinaient respectueusement la tête, tout semblait figé tandis que les cavaliers empruntaient la piste serpentant à travers les canaux d’irrigations, seul l’étendard de la famille Doji porté par le serviteur de Doji Masato claquait dans le vent. Celui-ci scrutait avec attention tout ce qui l’entourait, cherchant avec attention de nouvelles rizières ou bien une structure construite par les villageois.

«Je suis sur qu’il n’y a pas une seule maison de thé dans un endroit pareil. » soupira Kakita Yukio.
«De maison non Kakita Yukio san mais il y a ici le meilleur thé de toute la région. » répliqua avec un sourire énigmatique Doji Masato. Puis il se tourna vers le jeune samouraï et lui demanda :

« Yukio san, savez pourquoi votre oncle vous a demandé de m’accompagner cette année à travers nos terres ?
– Pour connaître vos terres et voir comment se collecte l’impôt Doji Masato sama. » répondit il d’une voix froide.
« Absolument pas, Yukio san, je devine votre ennui mais votre oncle à de bonnes raisons de vous envoyer ici. Oubliez votre amertume, elle obscurcit votre jugement. »

Kakita Yukio tourna la tête et son regard croisa celui de Doji Masato, il avait déjà demandé réparation pour des propos bien moins outrageant. Sa gorge se noua et il fit un effort afin de soutenir le regard de Masato dans lequel il ne voyait nul défi. Il cajola l’encolure de son poney et dit d’une voix blanche :

«J’obéis à mon oncle Doji Masato sama, je n’ai pas d’amertume mais de l’incompréhension. Je ne vois nul danger ni honneur dans cette tache.
– Avez-vous déjà vécu auprès des heimins ? »

Kakitia Yukio une fois de plus leva les yeux vers Doji Masato mais cette fois ils étaient empreint de perpléxités.

«Non, jamais durant très longtemps.
– Sachez qu’ils sont nos meilleurs serviteurs et nos pires ennemis Kakita Yukio san, on ne peut leur faire confiance mais ils nous sont dévoués. Le chef de ce village se nomme Aki, observez le bien Kakita Yukio san. Vous apprendrez de lui.
– Oui Doji Masato sama » répondit Kakita Yukio.

Il commençait à se demander si Doji Masato n’avait pas perdu l’esprit, apprendre d’un heimin !!! Lui qui dès son plus jeune age avait appris l’art délicat de la calligraphie et de la poésie. Son oncle voulait certainement l’humilier en l’envoyant ici entendre de telles sornettes.

« Aki, encore une fois nous allons nous rencontrer. » pensait Doji Masato tandis qu’il massait son épaule gauche toujours douloureuse au bout d’une trop longue chevauché, cette vieille blessure se reveillait toujours à l’approche du village d’Aki. Il se retourna vers ses serviteurs et leur enjoigna d’accéléré afin d’annoncer leur venue au village et de s’enquérir de leur demeure pour cette nuit.

Les deux serviteurs mirent leurs poneys au galop et bannière au vent foncèrent vers le village. Au milieu de la place Aki encadré des vénérables Hogai et Sotaro attendaient les émissaires de leur seigneur. Tout le village s’était aligné le long de la piste menant à la place, hommes femmes et enfants dans un silence religieux regardait les deux cavaliers portant la bannière bleu frappé d’une grue stylisée se rapprocher. Quelques hommes échangeaient des propos à voix basse tandis que les femmes réajustaient leurs kimonos de chanvre tachés par le labeur.

Sotaro se pencha vers Aki :

«La maison de Kingo est prête, il est chez son frère avec sa famille. Ma femme et ma sœur ont nettoyé comme elles le pouvaient. Nao n’avait jamais vu une maison aussi sale, espérons que Doji Maseto sama n’en sera pas offensé.
– Espérons le Sotaro » répondit Aki en plissant les yeux puis il rajouta :
« Il n’est pas seul cette année, un autre samouraï l’accompagne.
– Un autre samouraï, comment est il Aki ? » demanda Hogai.
– Plus jeune on dirait, il à les cheveux longs.
– Un autre samouraï glouton à nourrir, il va falloir cacher notre saké Aki. » répondit Sotaro en souriant.
– Pas d’insolence Sotaro, cette fois ton grand age ne te protégeras pas. Pense à Nao, veut tu qu’elle devienne veuve. » Répliqua Aki d’une voix sèche.

Il adorait ce vieillard au regard malicieux mais cette trop grande malice était aussi son plus grand ennemi. Puis son regard glissa vers les derniers rayons d’Amatératsu qui illuminaient encore le ciel et il fit une prière muette à dame soleil.

Les cavaliers étaient presque arrivés au village.


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