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Ainiki

愛憎 Ainiku (L’Amour et la Haine)

Le salon d’un palais somptueux…

De la soie, de la soie partout. Des coussins doux et somptueux… La douce odeur du repas en préparation dans les cuisines. Et tous ces serviteurs qui l’avaient baigné, séché, massé, coiffé et habillé de neuf. Peu importait les motifs à l’honneur de la Grue et de la famille Doji, il était accueilli de manière princière… Les panneaux s’ouvrirent, poussés par deux charmantes servantes, découvrant le plus beau spectacle qu’il lui ait été donné de voir… Son hôtesse, une noble Dame de la famille Doji dont il ne parvenait pas à se remémorer le nom, lui rendait enfin visite. Elle était somptueuse, drapée dans un ensemble d’une beauté et d’une finesse sans pareil ! Sans nul doute était-elle l’image des princesses de la Cour Impériale. Il comprenait à présent pourquoi sa Majesté l’Empereur choisissait son épouse parmi les descendantes de Doji Kami.

« Noble ami, comment allez-vous ce soir ? J’espère que vos appartements sont à vos goûts ?
– Sans nul doute, Noble Dame. Tout est prodigieux, et votre accueil est parfait. Votre art de l’hospitalité est à nulle autre pareil ! Comment pourrais-je jamais vous remercier ?
– Oh ! Nul besoin de me remercier… Votre bon plaisir est le mien, noble héritier du grand Akodo Kami… »
Quel sourire ! Il lui en rappelait vaguement un autre, plus simple, moins radieux, mais quelque chose en lui se mit à battre, à se souvenir… Un mouvement d’éventail de son hôtesse, le ramena à elle.
« Je me dois d’insister. Si vous avez quoi que ce soit à me demander, faites, je vous en prie…
– Je n’oserais pas…
– Pitié !… Demandez, et je m’exécuterai !…
– … Hé bien soit, puisque que vous insistez… Une chose pourrait me contenter… Pouvez-vous me conter une de vos aventures ? », demanda-t-elle alors que son sourire prenait une allure légèrement étrange…
– Si tel est votre bon plaisir… »
Son esprit le mena étrangement sur des événements qu’il avait jusqu’alors oubliés, et qui, comme sortis des brumes, lui revenaient à présent par bribes…

Trois jours auparavant dans l’Outremonde

« Cours ! ! Il ne faut pas qu’ils nous retrouvent !… » Pour elle, il affronterait l’Enfer lui-même ! Pour elle il sacrifierait tout ! Il la sauverait ! Et ensembles ils retourneraient sur les terres de leurs Ancêtres… Il devait être plus fort, oublier sa fatigue, et ses doutes… Rien qu’un regard… Un simple regard de sa dulcinée, et son énergie et sa résolution revenaient… Avec elle, ses appréhensions des premiers instants avaient disparu. Sa chevelure semblait miroiter malgré l’absence de Dame Amateratsu. Ses yeux flamboyaient d’une énergie pure et revigorante. Ce qu’elle pouvait être belle et courageuse ! Une digne héritière de la famille Kitsu ! Une perle de Rokugan, perdue au beau milieu d’une contrée inconnue, et hostile… A son coté, il ne pouvait perdre confiance. Ils survivraient, ensembles…

Le palais…

« Merveilleux ! ! Que de suspens ! Je meurs littéralement d’envie d’entendre la suite !… Mais qu’avez-vous ?
– … Rien… L’espace d’un instant, j’ai cru… Non, rien… Juste un léger malaise, la fatigue sans doute… »
De fait, il avait fugacement eu la vision troublée… La salle si merveilleusement agencée, lui était apparue l’espace d’un bref instant comme un lieu de cauchemar…
« Allons, allons ! Très cher ami, nous ne sommes point ennemis ! Adversaires, tout au plus ! Désirez-vous encore un peu de thé ?… Voici… Je vous en prie, contez-moi la suite de vos péripéties et aventures… ».

Un jour auparavant dans l’Outremonde

Des rires déments… Des ombres… Des mouvements furtifs… Ils les avaient rattrapés… Jusqu’à présent l’enseignement de son dojo et les conseils éclairés de sa dulcinée leur avaient permis de les repousser. Mais elle fatiguait. Il avait beau essayer de la soutenir de ses encouragements, cela n’avait pu que retarder l’inévitable… Elle ne tenait plus debout que par un miracle qui lui était étranger. Son kimono était lacéré, parfois pour le soigner lui, terni, sali, on apercevait même sa douce peau par endroit… Et pourtant, elle lui souriait encore, d’un sourire las, certes, mais franc et encourageant… Cela lui pesait de la voir ainsi. Il commençait à douter, et inconsciemment évitait de croiser son regard. Si ce n’était pour elle, il se serait jeté dans un dernier combat pour périr honorablement l’arme à la main. Son visage le grattait, sous son œil droit en particulier… Elle lui avait pourtant apporté toute son aide. L’aide d’une descendante de Kitsu ! Elle l’avait soigné à plusieurs reprises, bien que, de son aveu-même, les Fortunes et les Kamis fussent très peu nombreux ici… Il n’en revenait toujours pas des prodiges qu’elle savait réaliser, y compris dans des circonstances aussi difficiles… Puis, elle avait dit qu’un Ancêtre lui parlait. Bien sûr, il connaissait la réputation des miracles de sa famille, mais ici ? En ce lieu maudit ?… Et pourtant, les conseils s’étaient révélés judicieux, et maintenant il les suivait sans discuter…Elle avait réussi à créer de l’eau pure, et même une faible pitance, pourtant si importante. Elle avait paru désolée de ne pouvoir faire mieux… Comment lui dire qu’il l’admirait ! Que sans elle il serait déjà mort depuis des jours, ou pire encore… Soudain, au sortir d’un fossé, ils se retrouvèrent face à un groupe de morts-vivants. Des zombis commandés par un maho tsukai, c’était lui qu’il devait vaincre en premier ! D’où lui venait une telle connaissance tout à coup ? Il ne pouvait perdre de temps à s’interroger, il devait faire son devoir. Il reconnut aisément le Prêtre du Sang à ses yeux rouges irradiant la malignité de son âme. Tout en le surveillant, il murmura à sa compagne :
« Aiko-chan… Ecoute-moi… Je vais charger pour éliminer celui qui dirige ces monstres. Tu vas partir en courant dans la direction d’où nous venons. Je te rejoindrai.
– Mais…
– Non ! Fais comme je te le dis ! Maintenant ! … »
Et il avait chargé en hurlant le cri de guerre de son dojo…

Elle lui avait obéi, tandis qu’il se taillait un passage dans les rangs des abominations. Arrivé face au shugenja maudit, il lui avait passé son arme au travers du corps avec plaisir. Un serviteur du sombre kami de moins ! Un adversaire de moins sur sa route et celle d’Aiko !… Il fut pris de l’envie de massacrer les serviteurs de cet incompétent… Lorsqu’il se reprit, il partit à la recherche de son amour. Presque joyeux de sa victoire, il se prit à rêver d’un autre lieu, un autre temps… heureux et paisible…

Quatre jours auparavant. Kyuden Kage no Kitsu (Neko ?).

Il attendait ce moment depuis deux mois. Deux longs mois durant lesquels seules les lettres qu’ils avaient échangées lui avaient permis de contenir son impatience. Depuis leur première rencontre, il ne pouvait imaginer sa vie sans elle. Elle serait son soleil, la Maîtresse de sa maison. Et ce serait avec grand plaisir qu’il rejoindrait sa famille. Bien sûr, il quitterait la famille fondée par Akodo kami, mais pour rejoindre celle fondée par ce dernier pour sceller le lien avec la race qu’il avait faillit exterminer et dédiée aux Ancêtres, pour la rejoindre, elle. Elle devait l’attendre dans le petit jardin, celui-là même où il s’était vu pour la toute première fois.

Il l’appela « Aiko-chan ? ». Elle lui avait promis de le saluer lors de son passage en ces lieux. Elle serait là. A moins… Il se savait indigne aux yeux de certains membres de la famille Kitsu. Leur lien avec leur lignée fondatrice était si fort, disait-on, qu’ils choisissaient avec encore plus de précautions et de rigueur les époux et épouses de ceux qu’ils proclamaient purs ! Et force lui était d’admettre qu’il avait beau être un héritier d’une lignée importante de la famille Akodo, il n’était pas jugé pur par les anciens de la famille d’Aiko. A vrai dire, le simple fait de la lire réchauffait son cœur, l’entendre l’emportait de joie, et la voir !… Enfants, ils pouvaient, sans autre contrainte que l’éloignement et leurs cours, échanger de longues discussions épistolaires, ou plus rarement se rencontrer. Mais à présent, il était adulte, et d’ici quelques années elle aussi le serait. Les choses seraient alors toutes autres pour leurs parents, et les dirigeants des deux familles… Il commençait à craindre de ne pouvoir bientôt plus que rêver d’elle… Il la découvrit observant rêveusement un parterre d’iris immaculés.

« Aiko-chan ! Pourquoi te cachais-tu ? »
Il espéra que sa voix ne trahirait pas son émoi, ni ses doutes…
« Oh ! Pardon… »
Il s’arrêta à deux pas d’elle, se redressa, puis s’inclina avec courtoisie et politesse, il s’adressait à la Dame qu’elle serait bientôt :
« Ohayõ gozaimasse, Aiko-san. Avez-vous mangé du riz ce matin ? »
Elle sembla surprise puis, alors qu’il se remémorait leur dernière entrevue, et comment ils avaient bataillé dans les neiges de Kyuden Akodo, il perdit le contrôle de son sourire… Elle réagit immédiatement :
« Ryushu !… Pardon. Kogoro… Tu te moques de moi !!! … » Alors qu’il s’attendait à ce qu’elle le toise, ou lui lance une de ces piques dont elle avait parfois le secret, elle le salua comme il sied à une enfant vis-à-vis d’un adulte :
« Ohayõ gozaimasse, Kogoro-sama ! »
Il inclina la tête en réponse, puis ne put s’empêcher d’éclater de rire : « Aiko-chan ! Bientôt, ce sera à moi de m’adresser à vous avec déférence, n’en rajoutez pas, je vous en prie…
– Et bien, Kogoro-sama, je m’exécuterai selon vos désirs… A une condition…
– Une condition ?… Certes… Laquelle ?…
– Que vous me promettiez de m’écrire tous les jours d’ici à notre prochaine rencontre…
– Tous les jours ? ! Mais comment pourrai-je ? Je serai très occupé !…
– Trop pour m’écrire… Pfff… Je croyais les bushis plus efficaces… »
Ils s’étaient lancés dans un de leurs jeux préférés, la joute verbale, imitant les plus célèbres diplomates qu’ils connaissent. Cette fois, Aiko utilisait des mimiques et tournures de phrases acerbes, presque agressives, à la manière d’Ujiaki-sama. Comment allait-il répondre ? Il eut une idée…
« Plus efficaces ?… Serait-ce un défi ? Eh bien, qu’il en soit ainsi alors !! », grogna-t-il tel une Bushi Matsu ayant pour le plaisir de l’assistance ainsi tancé un courtisan de la famille Bayushi qui la narguait la veille au soir… Poussant l’imitation, il fit semblant de se mettre en position de duel. Aiko ouvrit de grands yeux, il lui faisait peur ? ! …
« Allons ! N’aie pas peur ! Je suis toujours le même ! »
Il retrouvait son amie ! Enfin ! Et pour une plaisanterie puérile, il lui avait fait peur, il lui fallait la rassurer immédiatement… Il avança en riant et la souleva de terre à bout de bras, lui fit décrire un arc de cercle puis la déposa près d’un parterre de roses. Elle rit, cachant sa bouche de la main. Il décida de lui offrir son cadeau dès maintenant, il ne pourrait attendre le soir comme il l’avait imaginé, il plongea la main dans sa veste pour y saisir le petit paquet en forme de Fleur de Lotus qu’il avait eu tant de mal à faire, et cela malgré l’aide précieuse de sa sœur origamiste émérite… Il lui tendit en baissant les yeux. :
« Pour toi…
– Pour moi ?… Mais je ne puis accepter, je ne suis qu’une enfant.
– Qui un jour deviendra la plus belle des femmes. »
Il lui tendit à nouveau le paquet.
« En tant que telle, je n’en pourrais que moins accepter un cadeau du plus prometteur des jeunes bushi de la Famille Akodo.
– J’en serais au désespoir… Souhaitez-vous voir l’un des bushi Akodo nouvellement promus réduit à l’état d’une pitoyable pleureuse Shosuro ? Je vous en prie, acceptez…
– Si c’est pour le bien du clan, alors je me dois d’accepter, Kogoro-san. Mille mercis… »
Elle prit le paquet. Pourvu qu’elle en comprenne le but… Il vit sa surprise :
« Tu le porteras en souvenir de moi, le temps que nous nous revoyions… »
Il fut interrompu par un éclat soudain. On eut dit un coup de foudre, et pourtant le ciel était sans nuage. Un vent violent s’engouffra dans le jardin, les aveuglant d’un nuage de sable et de débris… Kogoro s’interposa entre le danger et son amie. Il aperçut deux silhouettes massives. Lorsqu’il comprit que ce n’étaient pas des samurai venus les aider, mais des créatures étrangères, il était déjà trop tard. Il reçut une puissante manchette avant de pouvoir réagir. Il fut projeté au sol, tandis qu’Aiko était saisie et emportée comme un vulgaire bagage… Les kidnappeurs repartirent alors vers la source du souffle d’air, ne prenant pas garde à une quelconque contre-attaque. Ils étaient sûrs d’eux, trop. Kogoro leur ferait payer cette erreur au prix fort… Il se lança à leur poursuite, et alors qu’ils pénétraient dans une sorte de tache lumineuse aveuglante, il plongea à leur suite pour se jeter sur celui des deux qui ne portait pas sa camarade. Il le bouscula et réussit à le faire trébucher, ce dernier tomba alors sur le premier qui tomba à son tour. Ils churent à terre, et Kogoro tacha de poursuivre son avantage, mais la créature était plus puissante, et de toute évidence mieux entraînée au combat à main nue. Porté à bout de bras, Kogoro vit alors le visage de son adversaire : un lion ! ! On aurait réellement dit un véritable lion ! Ses babines laissaient apparaître ses crocs, et de toute évidence, il se préparait à achever le jeune samurai sans plus d’ennui que s’il s’était agi d’un jeune chiot… Son compagnon l’y encourageait, son rugissement ne laissait aucun doute. Kogoro sut qu’il allait mourir et ses dernières pensées furent pour Aiko… Enfin, il crut que c’étaient ses dernières pensées… Le coup fatal ne vint jamais. Une série d’explosion les projeta tous au sol. De petites créatures, ridicules en d’autres circonstances, se jetèrent sur eux. Certains étaient littéralement enflammés ! Bientôt, le gros de cette meute grouillante se massa sur les deux humanoïdes à l’aspect félin, sans doute parce qu’ils se montraient plus dangereux. D’un coup de sabre, Kogoro estropia deux des créatures qui voulaient toucher Aiko. Il la prit par la main, et ils fuirent, laissant là le chaos des combats, et les deux groupes d’ennemis qui une fois l’autre éliminé, s’en prendraient à coup sûr à leurs vies…

Le Palais. Aujourd’hui

Une voix glaciale et venimeuse…
« Tu crois pouvoir m’attendrir ? ! Pauvre fou… Tu m’appartiens…»
A nouveau ce trouble… Un moment seulement, le salon fut une geôle, et la noble Dame ne fut plus une belle et joyeuse demoiselle, mais un démon aux yeux emplis de folie et de vices… Et son propre corps l’avait fait horriblement souffrir…
« Kogoro-san ? La fatigue de vos combats vous aurait-elle rejoint à nouveau ? »
La voix douce de son interlocutrice, le ramena à la réalité.
« Peut être… Un peu… Oui…
– Nous pouvons continuer plus tard, si vous le souhaitez… / Tu vas parler, oh, oui ! Et en me souriant encore !… / A moins qu’un peu de saké, ne soit plus revigorant que notre thé ?…
– Avec plaisir… Non, je préfère continuer à présent, je ne saurais vous laisser dans l’expectative après l’accueil merveilleux que vous m’avez réservé… »
Il sourit, et but sa coupelle de saké d’un trait… En la reposant, il crut percevoir un reflet rougeâtre sur le fond. Sans doute, un décor…
« Où en étais-je ?… Ah oui ! … »
Etrangement, en se remémorant ces événements, il percevait de façon plus claire sa situation réelle, mais au fur et à mesure, il oubliait peu à peu sa souffrance, et voyait avec un regard neuf qui il était, et où il était à présent… Le Palais d’un Kami ! Le Palais du Sombre Kami…

La nuit précédente dans l’Outremonde

Seule ! Elle était toute seule en ce lieu hostile ! Cela faisait des heures qu’il la cherchait, mais rien n’y faisait… Impossible de la retrouver ! Il avait tout d’abord craint qu’elle n’ait été capturée, mais aucune des créatures qu’il avait observées ou affrontées, ne semblait ni se réjouir d’une capture, ni même réellement vouloir en faire une… Et cette voix ! Elle n’arrêtait pas de lui murmurer, de lui susurrer… Il avait en premier lieu cru à une invention de son imagination, tout comme il avait cru pour les premiers conseils donnés par Aiko de la part des Ancêtres… Comment et pourquoi des Ancêtres seraient-ils ici ? Cela faisait peut-être même des jours qu’il lui avait ordonné de fuir pendant qu’il combattait le shugenja maudit… Ecoutant la voix, il avait réussi à survivre. Affrontant les monstruosités de ces terres, il avait même appris à sentir leur présence sans même les voir. Il avait même réussi à en effrayer certains ! Il ne craignait plus les gnomes, ni les squelettes ou les zombis… Mais la nasse se refermait peu à peu, il le pressentait ! Des cavaliers avaient à présent remplacé les faibles créatures qui les avaient aggravées les jours précédents. Et ceux-ci étaient intelligents, organisés, et forts… Cependant, il ne pouvait se résigner. Il n’abandonnerait pas ! Non ! Il devait la retrouver !…

Palais du Sombre Kami. Aujourd’hui et à présent…

« Ainsi vous avez juré de la retrouver ?
– Si fait, Dame… Nashiko… sama… »
Elle lui sourit de ce sourire carnassier qu’elle avait eu lors de leur première rencontre, lorsqu’il lui fut amené par les cavaliers morts-vivants… Des Moto à n’en pas douter ! ! ! Il l’avait crainte alors, mais plus maintenant… Elle était belle, plus belle encore qu’Aiko, mais elle ne la remplacerait pas dans son cœur…
« Ce n’est nullement mon but, cher ami… Nullement… Souvenez-vous donc à présent, des circonstances qui finalement vous ont conduit ici… Faites !… »
A sa demande, il se souvint de la fin de sa vie antérieure…

L’Outremonde. La nuit précédente…

Durant des heures il avait erré. Puis la voix avait commencé à le guider. Ton amie ? Tu tiens à la revoir ? Bien… Elle est par-là… Puis, il ne sut comment, il l’avait sentie. Et il l’aperçut enfin ! Elle s’était réfugiée dans une ouverture dans le sol. Les samurai Moto n’étaient qu’à quelques pas de son refuge. Comment allait-il pouvoir ?… Elle venait de disparaître ! Il aurait juré avoir vu une main, ou plutôt une patte, poilue et griffue, se poser sur sa bouche et l’entraîner dans l’ombre du terrier. L’un de ceux qui les avaient enlevés l’avait retrouvée avant lui ! Il avait échoué ! Elle allait être faite prisonnière ou pis encore !… Comme si cela ne suffisait pas, en la voyant disparaître, il était sorti du couvert des rochers, et la patrouille l’avait repéré. Elle se dirigeait vers lui. La distance qui le séparait d’Aiko était dorénavant infranchissable. Il vendrait chèrement sa vie, et emmènerait le plus grand nombre possible de ces maudits avec lui dans la tombe. Il s’adossa à un rocher, et s’apprêta à regarder la mort en face… Le gunso de cette troupe donna un ordre bref : « Vif ! »…

Palais du Sombre Kami. Deux heures auparavant…

Un cauchemar… Il ne pouvait s’agir que d’un cauchemar !… Et pourtant, il n’arrivait pas à y échapper ! Aucun moyen de se réveiller… Et maintenant, il se retrouvait dans une geôle ignoble, maculée de sang et de restes monstrueux… Du sang, des morceaux de chairs, un décor morbide qui ne saurait être dû au seul hasard… Et elle entra… Sa vue se brouilla… Que pouvait bien faire ici une nymphe d’une telle beauté ? Elle lui parla : « Ne t’inquiète pas mon doux agneau… Tu l’apprendras bien assez vite… » Elle lui sourit d’un sourire carnassier, et son regard d’un bleu glacial le glaça jusqu’au tréfonds de son corps… Il en oublia de se demander comment elle avait pu savoir à quoi il pensait… L’interrogatoire commença. Rien à voir avec ce qu’il aurait connu s’il avait été capturé par un clan ennemi, ni même s’il avait été torturé pour un crime ignominieux… Ce fut bien pire, inexplicable, et cela le transforma à jamais… Semblant sonder son esprit et jusqu’à son âme, son « hôtesse » comme elle plaisait à se présenter, avait peu à peu changé ses perceptions, se servant même de son sens de l’honneur… Après avoir oublié qu’elle était un monstre de cruauté et de mesquinerie, il avait, au fur et à mesure qu’elle réveillait en lui ses souvenirs, commencé à l’apprécier… Et il avait finalement et inconsciemment prêté serment. Prêté serment tout d’abord au Sombre Kami, puis à elle, en tant que favorite et représentante du Kami…

Palais du Sombre Kami. Aujourd’hui et à présent…

Nashiko partit d’un rire inhumain à la joie malsaine :
« Alors c’est comme cela que vous m’avez vu lors de notre présentation ?… Comme c’est charmant !… Bien, et à présent qu’allez-vous faire ?
– M’entraîner…
– Et puis ?…
– Une fois mon gempukku accompli, je la retrouverai…
– Comme c’est romantique… »
La voix si venimeuse les premières heures était un véritable miel dorénavant. Rocailleuse et glaciale, elle sonnait à ses oreilles comme un concert à Kyuden Akodo, lors d’une soirée d’été… Le sourire sardonique de la favorite du Sombre kami lui était une récompense. Il était sûr d’avoir fait le bon choix. Il retrouverait son aimée, et elle le rejoindrait. Ensembles ils seraient invincibles… Ils régneraient sur les terres Lionnes au nom de leur Kami, en mémoire de son frère défunt Akodo kami. Sur un signe de sa Maîtresse, il se leva, salua, et se dirigea vers la sortie de la pièce si joliment décorée de restes des ennemis vaincus, et des pauvres fous qui avaient résisté. Il sourit. Oui, ils seraient ensembles Aiko et lui… A présent, il en était convaincu, plus que jamais. Il se dirigea vers le dojo, il devait apprendre, ou plutôt réapprendre… Il avait une mission…


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