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Kuni Amoro

Seuls contre le Vent & les Ténèbres

Le gempukku des jeunes initiés de la famille Isawa attirait toujours beaucoup de monde. Véritable spectacle en soi, cette cérémonie est l’une des rares occasions pour le peuple de constater les merveilleux pouvoirs des prêtres. Cette année est spéciale, puisque les gempukku de nombreux bushi et courtisans auront lieu après les duels amicaux des shugenja.

Jiro, humble patron d’une maison de thé, avait le sourire aux lèvres. Cette journée allait lui permettre de faire réparer la toiture de sa maison et d’acheter de nouveaux kimono pour sa femme et sa fille. Inspirant à fond l’air frais et matinal, Jiro ne prêta pas de suite attention à l’individu gigantesque qui foulait le sol meuble de la ruelle d’un pas lourd. Lorsqu’il aperçut le mastodonte, il fut contraint de recracher l’air de ses poumons, impressionné par l’allure lugubre et intimidante de l’étranger.

Tel un navire noir, immuable et titanesque, il voguait au centre du village, vers les temples de la famille Isawa. Mesurant presque deux mètres, large et puissant comme un cheval de trait, il était vêtu de robes noires et grises qui couvraient la quasi-intégralité de son corps. Celles-ci semblaient avoir souffert d’un long voyage, bien que l’homme ne semblait aucunement lassé par ce trajet. Les traits de son visage masqués par l’ombre légère de son chapeau de paille, il était difficile à Jiro de vérifier si cette silhouette massive n’appartenait pas à un oni, venu pour le dévorer lui et ses voisins. La terreur s’empare du heimin, alors que le géant s’approche soudain de lui, et il se trouve incapable de bouger, paralysé et impuissant.

C’est alors que le tavernier reconnaît le mon du clan du Crabe qui frappe les cotés du long kimono de l’étranger. Bientôt, il se ressaisit et distingue enfin le visage bourru du shugenja. Mal rasé et épais, il était encadré par deux pattes touffues qui grignotaient ses joues généreuses. Deux petits yeux aux reflets acier brillaient au milieu de cette masse. Des yeux sans âge.

Un sourire aux lèvres, le Crabe dépose alors devant Jiro une grande bouteille de saké, qui sonne creux tandis qu’elle heurte la table.

« Konichiwa, aubergiste. Peux-tu me remplir cette bouteille de ta meilleure cuvée ? », annonce le géant, son ombre recouvrant entièrement la frêle silhouette du heimin qui s’empresse d’acquiescer. Le Crabe rit soudain, et Jiro croit sentir la terre trembler en chœur.

« Eh bien, aubergiste, ressaisis-toi ! On voit bien que tu ne croises pas beaucoup de mes confrères par ici ! Allons, rassure-toi, je suis un prêtre, et je ne te veux aucun mal… »

Lorsque l’homme-montagne repart vers le Kyuden Isawa, Jiro ne peut s’empêcher de se demander ce qui peut bien attirer un shugenja Crabe en ces terres éloignées, et se surprend à avoir hâte de venir aux cérémonies du lendemain…


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